Geronda Ephrem, Cathigoumène de Vatopedi: «Quand Geronda m’a dit que je serais moine, j’ai pensé : Quel cauchemar!»

Transcription de l’entretien accordé le 8 juin 2015 par Geronda Ephrem, Cathigoumène du Saint et Grand Monastère de Vatopedi, et mis en ligne le 08 août 2015 sur le site russe Pravmir. Geronda Ephrem y évoque divers éléments de son histoire personnelle, offre un éclairage sur la vie spirituelle sur l’Athos et sur les liens avec la Russie.
Geronda, êtes-vous né dans une famille chrétienne? Quand avez-vous rencontré Dieu pour la première fois ?
Je proviens d’une famille pauvre qui vivait dans un village d’une région rurale ; mes parents étaient fermiers. Mon père travaillait dur, mais il n’était pas un homme d’église. Ma mère était une femme de Dieu. Ma première inspiration spirituelle me fut donnée par le prêtre de notre village. J’étais attiré par la vie dans l’Église. Quand j’étais petit, je me mettais un torchon autour du cou et je célébrais la «liturgie». Je comprenais et saisissais tout, et puis je le répétais, jusqu’au renvoi. Lire la Suite

Geronda Joseph l’Hésychaste : la Loi de la Vie spirituelle

Le texte ci-dessous est traduit des pages 422 à 424 du livre «My Elder Joseph the Hesychast», de Geronda Ephrem de Philotheou et d’Arizona, publié par les Éditions du Monastère Saint Antoine, en Arizona. Il rappelle une loi spirituelle fondamentale et donne à comprendre que Geronda Joseph avait atteint le niveau spirituel propre aux saints de notre Église.
Nonobstant le fascinant don de narration dont jouissait Geronda, lorsqu’il essayait de parler de l’illumination divine, des états de grâce et des contemplations célestes, l’inadéquation du vocabulaire humain ne lui permettait pas d’exprimer ses expériences ineffables. Il aurait eu besoin d’un autre vocabulaire, un vocabulaire céleste, celui qu’on apprend dans l’autre monde seulement.
Malgré cela, Geronda s’efforça de nous enseigner beaucoup de choses. Il participait constamment à la lumière incréée, et il nous en parlait, mais ses paroles nous dépassaient, suite à notre immaturité spirituelle. Nous parvenons à percevoir la grâce seulement à la mesure de notre niveau spirituel. Souvent, à l’issue de ses vigiles, il sortit de sa kaliva et nous disait : «Aujourd’hui, il y a eu un entretien avec la Sainte Trinité!» Il soupirait alors et ajoutait en chantonnant d’un ton jovial «Mais maintenant, qu’est-ce qui m’attend!»
Papa-Ephrem de Katounakia l’interrogea un jour : «Geronda, que veux-tu dire?»
«Il est une loi dans la vie spirituelle, selon laquelle si tu vis soudainement l’expérience d’une effusion de grâce divine, alors que tu te trouves dans des conditions spirituelles normales, c’est-à-dire ni très élevées, ni très basses, cela signifie qu’une tentation arrive, dont l’intensité sera proportionnelle à la quantité de grâce reçue. Dieu ne distribue pas Ses loukoums gratuitement ; nous devons les payer chèrement. Et comme elle n’a pas été précédée par un combat spirituel, cette caresse divine ne constituait pas la récompense de mes efforts, mais l’annonce d’une tentation toute proche».
«Mais Geronda, tu as atteint la theosis. Comment peux-tu encore avoir à affronter des choses mauvaises?»
«Tu verras», répliqua Geronda.
Deux jours plus tard, Papa-Ephrem revint, pour célébrer la divine liturgie, et Geronda semblait être d’une humeur si belle, au point qu’il racontait des blagues. Mais intérieurement, il vivait un enfer. Le voyant tellement heureux, Papa-Ephrem lui demanda:
«Alors, qu’est-ce qui t’attendait? La joie et les bénédictions!»
Geronda Joseph lui dit:
«Viens ici!»
Il l’emmena à part afin que les autres ne l’entendent pas, et lui dit: «Maintenant je comprends la douleur que ressentent les âmes possédées par les démons. Je vois l’ennemi de nos âmes nous surveiller pour voir si ses flèches empoisonnées atteignent leurs cibles. Mais je ne vais pas donner à ce monstre cornu le plaisir de me voir dans l’affliction et les douleurs ».

Ma Vie avec Geronda Joseph (2)

ma-vie-livreLe livre de Geronda Ephrem de Philotheou «Mon Geronda Joseph, l’Ermite et Hésychaste» fut publié en 2008 à Athènes. Cette publication constitua un véritable événement dans la vie spirituelle des Orthodoxes grecs. Il fut lu pendant le repas dans tous les monastères de Grèce. En 2011, avec la bénédiction de Geronda Ephrem, le livre fit l’objet d’une traduction, ou plus précisément d’une adaptation, en russe, et y furent intégrés de nombreux éléments qui n’avaient pas été inclus dans la version originale. (Le livre russe ne porte d’ailleurs pas le même titre que le livre grec, et son organisation en chapitres est différente). Le texte lui-même du livre est la transcription des enregistrements de récits et souvenirs narrés par Geronda Ephrem à ses enfants spirituels. La Lorgnette de Tsargrad propose la traduction d’extraits de la version russe du livre, qui s’intitule «Ma Vie avec Geronda Joseph» (Моя жизнь со Старцем Иосифом). Deuxième extrait. Le premier se trouve ici.

Chapitre Deuxième. A la Sainte Montagne.
agion-orosL’heure finit par sonner. Le 26 septembre 1947, au matin, un bateau m’emmena lentement du monde vers la Sainte Montagne, comme des rives de la vie dans le siècle vers la rive opposée, celle de la vie éternelle. Nous accostâmes a Daphni, principal débarcadère de l’Athos. Je descendis du bateau pour monter avec quelques autres dans une grande barque à destination de la skite de la Petite Sainte Anne, faisant arrêt à chaque monastère en chemin. Dès que nous quittâmes Daphni, je fus assailli par une attaque du diable. Je vis les pères et les monastères comme des prisonniers et des prisons, me disant «Comment ces moines peuvent-ils vivre ici ? Comment pourras-tu supporter cela ? Mais où donc vas-tu te mettre ?» J’étais loin d’être chevronné. Jusqu’à ce jour, je n’étais allé nulle part sinon à l’église, au marché, dans l’atelier de mon père, et à la maison. Tout ce que je voyais maintenant était neuf à mes yeux. Je n’avais jamais voyagé auparavant, et j’ignorais jusqu’alors l’existence de ce que j’étais en train de découvrir. Et voilà que je quittais le monde pour rejoindre volontairement une destination inconnue. Lire la Suite

Ma Vie avec Geronda Joseph (1)

ma-vie-livreLe livre de Geronda Ephrem de Philotheou «Mon Geronda Joseph, l’Ermite et Hésychaste» fut publié en 2008 à Athènes. Cette publication constitua un véritable événement dans la vie spirituelle des Orthodoxes grecs. Il fut lu pendant le repas dans tous les monastères de Grèce. En 2011, avec la bénédiction de Geronda Ephrem, le livre fit l’objet d’une traduction, ou plutôt d’une adaptation en russe, et y furent intégrés de nombreux éléments qui n’avaient pas été inclus dans la version originale. (Le livre russe ne porte d’ailleurs pas le même titre que le livre grec, et son organisation en chapitres est différente). Le texte lui-même du livre est la transcription des enregistrements de récits et souvenirs narrés par Geronda Ephrem à ses enfants spirituels. La Lorgnette de Tsargrad propose la traduction d’extraits de la version russe du livre, qui s’intitule «Ma Vie avec Geronda Joseph» (Моя жизнь со Старцем Иосифом).

Chapitre Premier. Dans le Monde.
geronda-joseph-lhesychastePendant les premières années de la catastrophique occupation allemande, alors que j’avais arrêté d’aller à l’école pour pouvoir travailler, un hiéromoine de la Sainte Montagne vint à Volos desservir une des deux églises paroissiales des zélotes vieux-calendaristes. Son père spirituel était Geronda Joseph l’Hésychaste, comme il l’appelait. Ce hiéromoine athonite devint pour moi un précieux conseiller, une aide dans la vie spirituelle. Je lui demandai d’être mon père spirituel et grâce à ses conseils et à ses récits, je ressentis bientôt combien mon cœur s’éloignait du monde et aspirait à la Sainte Montagne. Quelque chose de particulier brûlait en moi quand il me narrait la vie de Geronda Joseph, et en moi s’enflamma la prière de pouvoir faire rapidement sa connaissance. Je tentai, pour autant que cela fût accessible à un enfant, de mener un combat ascétique et, âgé, de quatorze ans, décidai de devenir moine. Mon père spirituel, Ephrem, me dit «Yannakis, tu ne pas encore devenir moine, tu es encore trop jeune. Grandis encore un peu, alors nous verrons». Lire la Suite