Le site Pravoslavie.ru a publié la version russe du texte ci-dessous, consacré à la spiritualité de Geronda Arsenios le Spiléote et Hésychaste, le 15 septembre 2015. Cette version a été préparée par Madame Olga Rojniova.

Le 15 septembre, nous célébrerons la mémoire du geronda athonite Arsenios le Spiléote et Hésychaste. Geronda Arsenios fut un héros de l’ascèse qui acquit les dons du discernement spirituel, de l’humilité et de la douceur, de la clairvoyance, et de la prière continuelle. Pendant quarante années, le Père Arsenios fut l’inséparable frère de Geronda Joseph l’Hésychaste (1897-1959) dans l’exploit ascétique et l’initiation aux Mystères. Après la fin bienheureuse de Geronda Joseph l’Hésychaste, le Père Arsenios fut le trait d’union de toute la fraternité monastique des enfants spirituels de Geronda Joseph.

Geronda Arsenios dans la mémoire de ses contemporains.
Geronda Joseph de Vatopedi : «A Geronda Arsenios s’appliquent en vérité les paroles de l’Évangile : «Voici un authentique Israélite, dans lequel il n’y a point de fraude». Il était d’une nature spontanée, simple, ingénue, humble, obéissante. Il fut un rare héros de l’ascèse, et du dépouillement. A lui s’appliqueront également toujours les mots de l’Évangile : «Oui, oui, non, non». Quoiqu’on lui fit, jamais il ne se souvenait des actes mauvais, jamais il ne se mettait en colère, jamais il ne fit tort à qui que ce soit. Son obéissance était parfaite, c’est pourquoi, grâce à cette obéissance et à sa foi absolue en Geronda, il vécut quotidiennement au-dessus des lois naturelles.
Le soir, il commençait ses vigiles durant lesquelles son labeur ascétique consistait en des milliers de grandes métanies, et en prière en station debout, jusqu’au lever du soleil. Il se concentrait de la sorte dans la prière et s’y attachait tellement intimement, qu’il ne pensait pas à l’interrompre quand venait le moment des travaux quotidiens. Alors, nous devions aller l’appeler, et nous approchant jusqu’à sa petite fenêtre, nous pouvions le voir se tenant droit comme un cierge, dans un autre monde.
– Geronda, l’heure des travaux est arrivée.
Et l’ancien, revenant à lui, nous répondait, incrédule :
– Est-ce possible que le soleil soit déjà levé ?
Dans son immense simplicité, ce geronda avait atteint l’essence même de la vie monastique. Il se donnait tout entier à l’obéissance et au combat ascétique, et il atteignit dès lors ce qu’il souhaitait : il conquit la prière, il conquit Dieu.
Le moine qui ne s’efforce pas d’atteindre ce but avant tout essuiera un échec. Geronda Arsenios était un doux et grand acteur de vertus. Il est l’un des saints athonites contemporains.
Sa bénédiction puisse-t-elle être sur nous».

Geronda Ephrem de Philotheou :
«Après le décès de Geronda Joseph l’Hésychaste, Geronda Arsenios vint vivre dans ma Kaliva. Geronda avait en effet prescrit qu’après sa mort, le Père Arsenios vienne vivre auprès de moi. Le Père Charalampos et moi apportions la nourriture à Geronda Arsenios chacun à notre tour, un jour l’un, le lendemain, l’autre. La vue de Geronda Arsenios m’émouvait, non seulement parce que je voyais en lui un homme spirituel, l’héritier de Geronda, mais avant tout parce qu’en regardant Geronda Arsenios, c’était comme si je voyais Geronda Joseph lui-même. Quand c’était mon tour de lui apporter sa nourriture, je m’efforçais de la lui préparer de la meilleure façon, afin de le satisfaire. Je connaissais les labeurs ascétiques qu’il accomplit au cours des années qu’il vécut seul avec Geronda Joseph, aidant celui-ci et s’occupant de lui. Le Père Arsenios était le bras droit de Geronda Joseph. C’était un homme puissant d’âme et de corps, un grand héros de l’ascèse. En songe, je les voyais ensemble (Joseph l’Hésychaste et Arsenios l’Hésychaste), dans la mesure où ils avaient prié l’un et l’autre pour pouvoir, en récompense de leur combat ascétique, se retrouver ensemble en un même lieu après la mort. C’était un signe d’amour mais aussi de confiance réciproque car ils seraient ainsi rétribués de façon égale pour tout le bien comme pour tout le mal».
Saint Païssios l’Athonite raconte, dans son livre «Fleurs du Jardin de la Mère de Dieu» : «L’Ancien Arsenios disait : ‘Lorsque je récite la prière de Jésus debout, je sens un fort parfum céleste. Mais lorsque je la récite assis, je sens un parfum beaucoup moins fort’. Malgré ses 95 ans et son capital spirituel déjà solide, l’Ancien pratiquait l’ascèse avec philotimo et continuait à s’enrichir spirituellement!» Saint Païssios était émerveillé devant la simplicité et la pureté de Geronda Arsenios, car il comprenait que le parfum lors de la prière était le témoignage de la pureté du cœur de celui qui priait. Depuis lors, il accordait à Geronda Arsenios un respect tout particulier.

Geronda Joseph et Geronda Arsenios

Le Moine Joseph de Dionysiou : «L’expression ‘Geronda Arsenios le Spiléote’ est devenue courante dans la mesure où ce père d’heureuse mémoire a passé la majeure partie de sa vie avec son compagnon d’ascèse (le grand Geronda Joseph l’Hésychaste) à travers montagnes, grottes et ravins de l’Athos. Il ne fait aucun doute qu »Arsenios l’Hésychaste’ conviendrait également. Mais ce geronda pourrait à juste titre être dénommé ‘initié et authentique enfant de la Panagia’. Grâce à son renoncement total à lui-même et à son exploit ascétique surnaturel, Geronda Arsenios devint en vérité l’initié et l’authentique enfant de la Panagia, L’implorant sans cesse avec audace à notre profit. D’emblée, on lisait sur sa face les traits d’un saint homme doté de dons nombreux : la douceur, l’amour, l’humilité. Mais ils exprimaient au-dessus de tout sa bienfaisante simplicité et son ingénuité.
J’ai vécu dix-huit ans à ses côtés et jamais je ne le vis fâché ni en colère. Je me souviens d’une seule occasion lors de laquelle il haussa impérieusement le ton, exprimant un désaccord avec un frère qui insistait pour faire une chose à sa mode. Grâce à sa prière, Geronda avait vu que si le frère agissait comme il le voulait, il serait victime d’un accident. C’est pourquoi il dit d’un ton sévère «Tu vas obéir. Ce sera fait de cette façon». Et il avait naturellement raison.
La clarté de son esprit permit à Geronda Arsenios de prévoir sa propre fin ; il s’ouvrit alors et se dévoila tout entier à ses enfants spirituels. Nombreux furent les frères qui n’eurent pas le temps de poser leurs questions : à peine approchaient-ils de lui qu’il les précédait, entrait dans leurs pensées, dans leurs difficultés et leur prodiguait les conseils appropriés. Un des frères était prêt à quitter le monastère. Il l’appela et, seul avec ce frère, il montra à celui-ci ses propres pensées et lui indiqua les remèdes qui lui permettraient de se débarrasser de ce combat».
Les Instructions spirituelles de Geronda Arsenios l’Hésychaste

A propos de la Prière
Quand des laïcs manifestaient de l’intérêt pour la prière de Jésus, Geronda Arsenios avait coutume de leur demander : «Avez-vous un père spirituel? Vous confessez-vous? Allez-vous à l’église? Priez-vous à la maison? Jeûnez-vous le mercredi et le vendredi? Communiez-vous aux Saints Dons régulièrement?» Et si le visiteur était père de famille, il ajoutait : «Observez-vous l’abstinence avec votre épouse pendant le carême, le dimanche, et les jours de fête? Avez-vous bien tous les enfants que Dieu a voulu vous donner? Aimez-vous vos ennemis comme vos amis? S’il en est ainsi, alors nous pouvons parler ensemble de la prière du cœur. Sinon, pas de prière du cœur. Nous ne perdrons pas notre temps».
«Bien sûr, la base, c’est la prière de Jésus. Si tu éprouves en toi du désir envers cette prière, prie-là sans t’interrompre. Elle compense tout. Quand la prière faiblit, lis l’Acathiste. Et la Panagia aime beaucoup la prière «Réjouis-Toi, Vierge Mère de Dieu». Il arrive que quand tu lis plusieurs fois cette prière, la Panagia t’offre une douceur indescriptible!»
«L’heure a sonné et tu t’es éveillé ? Ne reste pas à bailler, ne traîne pas, ne te dissipe pas. Être moine exige de nous la vivacité ; de cela dépend si nous allons vivre ou mourir. Tu es éveillé ? Lève-toi, fais le signe de croix et commence : «Seigneur Jésus Christ, aie pitié de moi».
«Pendant que vous travaillez, surveillez votre langue autant que possible, afin qu’elle ne se perde en propos oiseux, en jugements, mais qu’elle se concentre sur la prière. Je vous bénis, agissez de la sorte et nous nous retrouverons ensemble auprès du Christ».
Le Père Arsenios disait : «Hier, le cuisinier m’a dit : ‘Bénis, j’ai laissé brûler le repas’. Je lui ai répondu :’Tu as certainement dû être occupé à de mauvaises pensées’. ‘Je ne m’en souviens pas, Geronda’. Alors, je lui ai dit : ‘Tu devais être en train de rêvasser au lieu de prier. ‘Et ce serait lié ?’. ‘Et comment donc ! Observe attentivement et tu verras que pendant que tu répéteras la prière continuellement, le fait de cuisiner ne distraira pas ton esprit, et quel bon repas tu prépareras!»

Le Christ ne nous demande rien qui soit au-dessus de nos forces.
« Restez debout pour prier tant que vous le pouvez, si vous souhaitez recueillir les fruits de la prière. Mais le Christ n’exige rien qui soit au-delà de nos forces. Si vraiment nous ne pouvons nous tenir debout, ni même assis, Il reste avec nous même si nous sommes couchés. Mais quand nous avons de la force, aussitôt satan apporte la négligence et le sommeil».

Lire des livres spirituels
«La lecture est également une forme de prière. Chaque jour, nous avons lu un ou deux chapitres de l’Écriture Sainte, et ensuite les écrits des Saints Pères. Quand à ‘Isaac le Syrien’, il restait toujours à portée de main… Mais en plus, nous lisions aussi ‘L’Échelle’, ‘Abba Dorothée’, ‘l’Evergetinos’, ‘Saint Macaire’ et beaucoup d’autres, et aussi les vies des saints».
«Toute la Sainte Écriture est porteuse du Souffle de Dieu ; nous devrions la lire intégralement. Dans l’Ancien Testament, il faut accorder une attention particulière aux psaumes. Ce sont des prières extrêmement puissantes.»
«Nous récoltons un double avantage, à la lecture de la vie des saints. Tout d’abord, l’exemple de leurs exploits ascétiques nous incite à émerger du sommeil de la négligence. Ensuite, quand nous lisons ces vies pieusement, ces saints prient pour nous auprès du Christ.»
«Mais avant de se mettre à lire, il faut toujours commencer par prier. Après la prière, la lecture de la vie des saints nous attendrit jusqu’au seuil des larmes. Il en est ainsi du fait que la prière sanctifie l’esprit.»

Un signe du progrès spirituel
«Un signe important de notre avancement spirituel est la grâce particulière propre aux dimanches et aux jours des grandes fêtes. Quand en ces jours, l’homme ne ressent pas doublement la grâce, cela signifie que quelque chose n’est pas en ordre en lui».

Veiller à aimer nos frères
Le Père Arsenios racontait : «Un jour, un frère fit une métanie devant moi et me dit :’Bénis Geronda. J’ai affligé un frère, et depuis lors, ma prière ne va plus’. Je lui ai répondu :’Et bien, cela n’a rien de terrible. Va auprès de ton frère, fais-lui une métanie afin que l’amour revienne et ta prière reviendra aussi’. ‘Geronda, je viens de faire une métanie devant toi, n’est-ce pas suffisant?’. ‘Mais non, ce n’est pas suffisant. Tu devras demander pardon pour la faute que tu as commise’. Je voyais bien qu’en lui la lutte se poursuivait. Finalement, il alla demander pardon, et le lendemain, il vint de nouveau vers moi et me dit :’Merci pour ce conseil, Geronda. J’ai prié toute la nuit dernière dans la joie et la tendresse’».
On demanda à Geronda Arsenios : «Geronda, demander pardon, c’est bien, mais il arrive que celui à qui on demande pardon refuse de l’accorder. Qu’en est-il?» Geronda répondit : «Tu as demandé pardon ? Cela signifie que tu es libéré. Veille seulement à aimer ce frère. Après, tant qu’il n’a pas pardonné, utilise ton komboschini, pour lui».
«Dans la mesure de vos forces, veille à ce que tous les pères soient satisfaits de toi. Si dans la communauté tu entretiens de bonnes relations avec 99 frères et que tu en as chagriné un seul, par inattention, alors apparaîtront des obstacles à ta prière».

Traduit du russe
Source.