Traduction d’un texte original russe préparé par Madame Ksénia Mironov et publié dans le numéro 19 daté du 1er octobre 2014 du magazine «Православный Крест» (La Croix Orthodoxe), à l’occasion de la fête du Pokrov de la Très Sainte Mère de Dieu. Vie et exploit ascétique de la Staritsa Seraphima. Elle reçut la tonsure des mains du Starets Archimandrite Macaire (Bolotov), qui la considérait lui-même comme sa mère spirituelle!

A l’époque où le Starets Ambroise d’Optino n’avait plus qu’une année à vivre, la famille de Polycarpe et Catherine Zaïtsev, allaient souvent le consulter au sujet de leurs besoins spirituels. Ils étaient paysans d’État et habitaient le faubourg de Streltsky, de la ville de Lebedian, ouïezd de Lipetsk, Gouvernorat de Tambov. C’est alors que naquit leur huitième enfant, une fille. La naissance se produisit le 1er novembre 1890. A cause de l’épidémie de choléra qui sévissait à cette époque, la fille fut immédiatement baptisée, et appelée Matrone. Ayant l’habitude d’emmener l’un des enfants avec eux auprès du Père Ambroise, Polycarpe et Catherine amenèrent la petite auprès de lui à Chamordino pour qu’il bénisse la petite Matronouchka qui avait alors neuf mois. Prenant l’enfant dans ses bras, Saint Ambroise prédit qu’elle vivrait d’abord un mariage pieux, puis se tournerait vers le monachisme et «tout Optino sera en elle». Cette prophétie laissait évidemment supposer que la future moniale du grand schème Séraphima, qui était alors la petite Matrone, deviendrait la fille spirituelle des derniers startsy d’Optino et dans sa vie accomplirait leurs instructions. Le temps vint, et Saint Anatole (Potapov) prit Matrone a pris sous sa paternité spirituelle. Et la future moniale du grand schème et staritsa grandit nourrie des sages conseils et prières du starets.
Dès sa petite enfance, cette héroïne de l’ascèse prit sur elle d’accomplir de nombreux et lourds travaux afin de venir en aide à ses parents. Souvent, elle devait se lever bien avant l’aube et aller travailler chez des gens aisés. Un jour, Matrone s’éveilla parce que les larmes chaudes de sa mère, désolée de devoir réveiller sa fille, tombaient sur elle. Afin de ne plus tourmenter le cœur aimant de sa mère, Matrone s’efforça dès lors de s’éveiller seule. Malgré tout le zèle au travail de tous les membres de la famille Zaïtsev, la nourriture chez eux était la plus simple et la plus maigre: de la bouillie de millet, à l’eau.
Toujours, Matrone se distingua de ceux de son âge. Les gamins la raillaient en l’appelant «nonnette» et en lui lançant des pierres. Elle finit par s’en plaindre au Starets Anatole, et celui-ci répondit que lorsque le Seigneur envoyait sur Ses élus le sceau de Son élection, il arrivait que l’ennemi dévoilât cela aux gens afin de molester à travers ces dernières les serviteurs de Dieu.
À l’âge de 19 ans, l’héroïne de l’ascèse épousa un paysan de son âge, Kirill Petrovitch Belousov, profondément croyant, et qui l’aimait. Dans la famille de Kirill et Matrone régnaient l’unanimité, la paix et l’harmonie. En 1910, ils eurent un fils, Alexandre, et deux ans plus tard naquit une fille, Olga. En 1917, à la veille des événements tragiques pour la Russie, toute la famille déménagea dans la ville de Kozlov (aujourd’hui Mitchourinsk, dans l’oblast de Tambov), qui était à l’époque un grand centre commercial. Depuis lors, les moines du Désert d’Optino, chers à leur cœur, faisaient souvent halte dans la demeure hospitalière des Belousov, quand ils allaient vendre les produits de leurs artisanat. En 1926, un autre enfant naquit dans la famille Belousov, leur fils Mikhaïl. En 1934, ils déménagèrent à Voronège. Là, Matrone Polikarpovna (à l’époque, après la mort du Saint Starets Anatole en 1922, elle demeurait sans père spirituel) rencontra et entama une relation spirituelle avec le recteur de l’église du Saint Archistratège Mikhaïl au village de Iatcheika de l’oblast de Voronège, l’Higoumène Séraphin (Miakinine), ascète menant une vie sainte. Jusqu’à sa mort, le Père Séraphin fut le père spirituel de Matouchka, et il est probable que ce soit lui qui lui ait accordé la tonsure monastique. Et dans les années ’50, elle a reçut le schème de la main de leur fils spirituel commun – l’Archimandrite du grand schème Macaire (Bolotov).

Icone Joie de Tous les Affligés

Lorsque commença la Grande Guerre Patriotique, Matrone Polikarpovna encouragea et soutint les personnes en détresse. Avant l’occupation allemande de Voronège, l’ascète, et son mari, sa fille Olga et leurs trois petits-enfants, furent forcés de quitter la ville. Ils n’emmenèrent aucun superflu avec eux. Kirill Petrovitch conduisait le traîneau avec les enfants, et la mère portait dans ses mains une reproduction lithographique de l’icône de la Très Sainte Mère de Dieu «Joie de Tous les Affligés». Épuisés, ils s’arrêtèrent dans une maison de village sur la ligne de front. Les petits-enfants pleuraient de faim, mais il n’y avait rien pour les nourrir. Matouchka les rassurait en disant: «Encore un instant, un instant, les petits, nous allons vous donner de quoi manger». Prenant l’icône de la Très Sainte Mère de Dieu, elle se retira pour prier, tomba à genoux devant l’icône de la Reine des Cieux, Lui demandant en larmes intercession et miséricorde. Ses prières étaient tellement brûlantes qu’une colonne de lumière brillante comme le feu s’éleva du toit de la maison vers le ciel ; ce qui attira immédiatement l’attention d’un miliciens posté à proximité. Soupçonnant qu’il s’agissait de quelqu’un qui envoyait un signa aux Allemands, il se précipita dans la maison, mais à la vue de Matouchka, rayonnante et pleurant avec des torrents de larmes, il resta muet de stupéfaction. L’aide de Dieu ne se se fit pas attendre. De bonnes gens apportèrent aux six voyageurs épuisés de la bouillie d’avoine cuite à la vapeur, et de la choucroute. Quand elle se souvenait de cela, l’héroïne de l’ascèse disait : «La prière qu’on élève d’un cœur pur monte droit au Ciel, jusqu’au Trône de Dieu».
Matrone Polikarpovna vénérait intensément la Reine des Ceiux et répétait toujours « Comme la mère de Dieu nous aime tous!». Elle priait souvent comme ceci: «je place Toute ma confiance en toi, Mère de Dieu, garde-moi sous Ta protection». Le mari de Matouchka, Kirill Petrovich, lisait chaque jour l’acathiste à l’icône de la Très Sainte Mère de Dieu de Tikhvine. Il était un homme extraordinairement gentil, même pendant les années de guerre marquées par la famine, il nourrissait les oiseaux avec les raclures de bouillies de pommes de terre et d’autres restes de la maigre nourriture de la maisonnée. Et on se souviendra qu’à sa mort, les oiseaux reconnaissants escortèrent jusqu’au cimetière le cercueil de leur nourricier.
Dès que les Allemands reculèrent, les Belousov rentrèrent chez eux. En mai 1944, le Comité Exécutif du Conseil Central du District des députés des travailleurs de la ville de Voronège reçut une déclaration d’un «groupe de croyants qui souhaitent s’unir volontairement pour accomplir des rites religieux selon la religion orthodoxe» avec une pétition écrite «pour l’enregistrement de la communauté religieuse de la cathédrale Saint-Nicolas». Au printemps de la même année, avec la bénédiction de l’Évêque Jonas, la Mère dirigeait l’organe exécutif de la communauté la cathédrale Saint-Nicolas, posant ainsi les jalons d’un nouveau podvig, celui de marguillier.
Lorsque la future Staritsa Séraphima entreprit de restaurer la cathédrale Saint-Nicolas, détruite, elle n’avait que cinq roubles. La moniale N. Se souvient qu’elle avait entendu à Mitchourinsk l’histoire selon laquelle, Matouchka, se lançant dans cette affaire difficile, était restée en prière toute une nuit, le sol devenant mouillé de ses larmes. Et le lendemain, les gens commencèrent à offrir à l’ascète une aide conséquente, qui, par les sainte prières de Matouchka, ne tarit pas. La cathédrale Saint-Nicolas fut presque entièrement restaurée en moins d’un an.
Bientôt Matouchka Séraphima tomba gravement malade et dut mettre un terme à ses activités En 1946, avec sa famille, elle retourna à Mitchourinsk, où elle vécut modestement et discrètement, fréquentant l’église, jeûnant très strictement: même à Pâques, elle ne se permettait de manger qu’un demi-œuf. Les autres ne la virent jamais se reposer. Elle reçut la tonsure au petit schème et ensuite au grande schème angélique. La Staritsa passait jours et nuits en prières incessantes avec larmes, devant l’icône de sa cellule, celle de la Très Sainte Mère de Dieu «Récupération des mourants». Cette icône, qu’elle avait conservée pendant environ 20 ans, appartenait à au Starets moine du grand schème Joseph (Moïseev), et lui avait été remise par celui-ci avant qu’il fût arrêté.

Icone de la Très Sainte Mère de Dieu Récupération des Mourants.

Selon les témoignages de contemporains, pour sa grande humilité, sa foi forte et son amour ardent pour le prochain, Seraphima avait reçu des dons du Saint-Esprit : elle voyait l’avenir et accomplissait des guérisons. Tant les moines que les laïcs venaient chercher de aide et réconfort spirituels et le réconfort auprès de la Staritsa. Pendant les années d’athéisme, elle encourageait les orthodoxes, disant que l’aube approchait, que le moment viendrait et qu’ils rouvriraient des églises, restaureraient les monastères détruits. Matouchka prédit l’ouverture de l’église Bogolioubski de Mitchourinsk et celle du monastère de de la Très Saine Mère de Dieu de Zadonsk. À l’avance, elle annonça le jour de la fin de la Grande Guerre Patriotique.
Quand elle dispensait des conseils spirituels, Matouchka attirait l’attention particulière des membres des familles sur la nécessité d’obéir dans le mariage. Elle enseignait aux femmes mariées, que la famille devrait passer en premier lieu après Dieu et la foi; elles devraient en répondre devant le Seigneur: «d’abord, vous serez interrogées au sujet de la famille, et après seulement sur tout le reste». Dans sa vie conjugale, la Staritsa avait toujours adhéré à la rigueur, montrant extrêmement rarement ses sentiments. Jamais elle n’avait cherché la richesse dans le mariage, et quand elle devint moniale, elle observait parfaitement le vœu de pauvreté.
Souvent, la mère parlait la langue telle qu’on la lit dans la vie des saints, et elle citait les Saints Pères, bien qu’elle n’ait vraiment étudié nulle part. Par son don de clairvoyance, elle dénonçait les pensées secrètes des gens qui venaient à elle. Répondant aux questions sur la destinée du monde, Seraphima prophétisait: «si vous saviez tout ce qui vous attend, votre cœur ne le supporterait pas! L’or ruissellera, mais il n’y aura plus d’eau. Les gens penseront que l’eau luit, mais c’est de la poix incandescente»; «dans les maisons équipées d’un poêle, on installera trois ou quatre familles. Les gens de la ville fuiront vers les villages. Dieu retirera les faibles. La mortalité sera élevée. Ceux qui resteront subiront la faim et de grandes tribulations. Un temps viendra lorsque vous ne pourrez passer d’une rue à l’autre à cause des fusillades».
Matouchka décéda le 5 octobre 1966, à 13 heures, un peu avant son 76e anniversaire. Au moment même de la séparation de son âme et de son corps, certains des hommes qui se trouvaient dans la rue virent une extraordinaire colonne de feu sortant de la maison de la Staritsa. Le Seigneur montrait ainsi que l’âme juste de la moniale du grand schème Seraphima, qui toujours aspirait à Lui, étaient montée dans les demeures célestes. Jusqu’à l’enterrement, les mains de la défunte restèrent douces et chaudes, et son visage, selon ceux qui venaient prendre congé de cette héroïne de l’ascèse, resplendissait.
En octobre 1998, une chapelle fut érigée au-dessus de la tombe de la moniale du grand schème Seraphima. Avec la bénédiction de l’Évêque Théodose de Tambov et Mitchourinsk, une commission fut instaurée en 2004 pour préparer la glorification de Staritsa.
Traduit du russe
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