Le Saint Tsar Nicolas II
Le texte ci-dessous est extrait d'un très long essai rédigé par Nicolas Obroutchev, écrivain russe de l'émigration, publiciste et collaborateur des «Éditions Panslaves» (Всеславянское издательство) à New-York. L'essai fut intégré dans le recueil intitulé «Le Souverain Empereur Nicolas II Alexandrovitch» publié par ces Éditions en 1968. Il a par la suite été repris dans plusieurs autres recueils publiés en Russie, comme par exemple «Nicolas II à travers souvenirs et témoignages» (Николай II в воспоминаниях и свидетельствах) des Éditions Vétché, en 2008, et «Tsar et Russie», (Царь и Россия, Размышления о Государе Императоре Николае II) des Éditions Otchyi Dom, en 2017. Plusieurs extraits de ce texte seront présentés afin de proposer un portrait aussi complet que possible du Saint Tsar Nicolas II, basé sur l'essai précité, dont l'auteur annonce l'objectif: «Le but du présent essai, consacré à la lumineuse mémoire du Tsar-Martyr Nicolas Alexandrovitch, est de révéler son Portrait authentique, en tant qu'homme, en tant que Chrétien et en tant que dirigeant, sur base des faits historiques et événements véridiques et de l'opinion des hommes justes et intègres qui le connurent de près.»
Cet essai est également précédé de l'envoi suivant, paroles du Saint Tsar Nicolas II: «Je possède la foi inébranlable de ce que le destin de la Russie, mon propre destin et le destin de ma Famille, sont entre les mains du Seigneur, Qui m'a placé à l'endroit où je me trouve. Quoiqu'il arrive, je m'incline devant Sa volonté, convaincu de ne jamais avoir d'autre pensée que servir ce pays qu'Il m'a confié».

Le Tsar-Martyr Nicolas II en tant qu’homme.
Le Souverain Empereur en ses années d’enfance.

Le Grand Duc Nicolas (debout derrière son père Alexandre Alexandrovitch), ses parents, frères et sœurs

Le 28 octobre 1866, le Tsarévitch Héritier et Grand Duc Alexandre Alexandrovitch épousa la Princesse Sophie Frédérique Dagmar, fille de Christian IX, Roi du Danemark et de la Reine Louise. Avant cela, la Princesse Dagmar s’était convertie à l’Orthodoxie, recevant comme prénom Maria; elle fut dès lors nommée Grande Duchesse Maria Feodorovna. Leur premier fils, (…) le Grand Duc Nicolas Alexandrovitch, le futur Empereur de toutes les Russie, Nicolas II, naquit le 6/18 mai 1868 (…). Le jour de sa naissance est celui où l’on fête Saint Job le Juste [Appelé en russe Святой праведный Иов Многострадальный, le Saint et Juste Job «qui endura maintes souffrances». N.d.T.]. De tous temps, l’Empereur pressentit cette coïncidence comme le signe prémonitoire de sa vie saturée de souffrances et de sa mort en martyr. Dès le jour de sa naissance, le Grand Duc Nicolas Alexandrovitch devint, conformément à la loi relative à la succession au Trône, l’héritier direct du Trône impérial de toutes les Russie. Pour cette raison, ses augustes parents accordèrent une attention toute particulière à son éducation et à sa formation. Alexandra Petrovna Ollengren1, enseignante dans une école de Kostroma, fut la première institutrice du Grand Duc Nicolas Alexandrovitch. Elle vécut alors au palais, en compagnie de son fils Vladimir Konstantinovitch, qui avait le même âge que le futur Empereur, et dont il fut le compagnon temporaire de jeu et de classe.

Le Grand Duc Nicolas Alexandrovitch à 12 ans, en 1879

En 1877, l’ Adjudant-Général G.G. Danilovitch, homme d’esprit et de grande érudition, fut désigné en qualité de maître des études. Conformément aux instructions de l’Auguste Père, le Grand Duc Héritier et Tsarévitch Alexandre Alexandrovitch, l’ Adjudant-Général Danilovitch élabora soigneusement un programme de formation étalé sur huit années d’enseignement général suivies de cinq ans d’études supérieures. Le cycle de cours généraux était calqué sur le programme en huit ans des collèges classiques, avec certaines adaptations: les langues classiques, latin et grec, furent remplacées par des cours de minéralogie, de botanique, de zoologie, d’anatomie et de physiologie, et les cours d’histoire politique, de littérature russe et les langues étrangères furent particulièrement approfondis. Le cycle d’enseignement supérieur inclut les matières suivantes: économie politique, droit, affaires militaires (droit militaire, stratégie, géographie militaire, services de l’État-major Général). Les professeurs furent soigneusement sélectionnés; il s’agissait pour la plupart d’entre eux de sommités exerçant leur art professoral dans les institutions d’enseignement supérieur de l’Empire de Russie, tels que Konstantin P. Pobedonovtsev, éminent juriste, auteur d’un célèbre ouvrage de droit russe en trois volumes, brillant orateur et homme profondément croyant, Nicolas X. Bunge, Mikhaïl N. Kapoustine, Igor I. Zamyslovskii, ainsi que d’éminentes autorités en sciences militaires, comme le professeur de l’Académie de l’État-major général, l’ Adjudant-Général M.I.Dragomirov très apprécié de l’Empereur Alexandre III, et qui fut Adjudant-Général sous trois Empereurs et Chef des États-majors unifiés de l’Empire de Russie, mais aussi les auteurs de théories militaires, l’Adjudant-général Nicolas N. Obroutchev et les Généraux H.A. Leer et P.L.Lovko. La Tactique militaire était enseignée par le Major-général Paul P.Goudim-Levkovitch, et la langue anglaise par l’Anglais Charles Joseph Heath. Le drill, le maniement des armes et les règlements militaires furent enseignés par le Major-général Alexandre Alexandrovitch von Drenteln, Commandant du Régiment Préobrajensky. Le Grand Duc Héritier Nicolas Alexandrovitch était un cavalier émérite, un tireur d’élite et acquis une pratique remarquable de nombreux sports dont certains étaient peu développés à l’époque, comme le tennis, le nautisme, le patinage de vitesse et l’aviron.
Le 1er mars 1881 fut commis le septième odieux attentat sur la personne du Tsar-Libérateur Alexandre II, qui coûta la vie à celui-ci. Par conséquence, Alexandre III, le Tsar-Pacificateur, accéda au Trône et le Grand Duc Nicolas Alexandrovitch, alors âgé de douze ans devint Héritier du Trône.
Mon grand-oncle, l’Adjudant-général Nicolas Oboroutchev parlait toujours avec enthousiasme de l’esprit et des merveilleuses qualités d’âme de son élève et il évoqua à maintes reprises la faculté qu’avait le Tsarévitch Héritier à saisir immédiatement le sens de ce qui lui était exposé ainsi que sa phénoménale mémoire. Le Maître de langue anglaise disait de son élève: «Il faisait montre d’une grande curiosité intellectuelle et était très appliqué, suscitant de la sorte les gentilles moqueries des autres. Il appréciait énormément la lecture; les livres absorbaient la majeure partie de son temps libre. Il aimait qu’on lui fît la lecture et lisait lui-même remarquablement à haute voix».
Son cursus terminé, le Tsarévitch-Héritier conserva toute sa vie le goût pour l’étude, qu’il mit en œuvre à travers la lecture et les entretiens avec les acteurs spécialisés et les plus éminents dans les domaines approfondis, qu’il étonnait par l’étendue de ses connaissances dans des secteurs très diversifiés.
Nicolas Dimitrievitch Talberg rapporte que «le Souverain disposait de connaissances solides, qu’il approfondit pendant toute sa vie, étonnant ses interlocuteurs par ses compétences. Je me souviens de l’impression qu’il produisit sur le Ministre des Communications K.S. Nemechaev. Celui-ci gérait depuis de nombreuses années le vaste et exemplaire réseau des Chemins de Fer du Sud-Ouest et connaissait finement sa matière. Il me raconta combien il fut ébahi par les connaissances du Souverain dans ce secteur. Et il convient d’écouter ce qu’en disent également d’autres personnages éminents». Vassili Ilitch Mamantov assuma pendant de très nombreuses années la charge de Directeur de la Chancellerie de la Réception des Suppliques adressées à Son Altesse Impériale. La nature même de cette fonction fit de lui un homme très proche de l’Empereur. Et il écrivit: «Mon obligation de présenter de fréquents rapports au Souverain me convainquit par la suite de ce que Son Altesse saisissait de façon étonnamment rapide l’essence de ce qu’il lui était proposé d’examiner, sans qu’il fût nécessaire, contrairement à ce que l’on imaginait, de développer une explication détaillée. La mémoire du Souverain était stupéfiante. Une affaire de la moindre des importances lui était présentée, et il s’en souvenait très longtemps dans les plus insignifiants détails».
«Le Souverain Empereur Nicolas Alexandrovitch fut l’homme le plus intelligent et le mieux éduqué et cultivé qu’il me fut donné de rencontrer de toute ma vie», témoigne le médecin personnel de l’Empereur, Evgueni Sergueevitch Botkine, qui mourut en martyr au côté des membres de la Famille Impériale et qui, évidemment, connaissait fort bien et de très près le Tsar-Martyr qu’il côtoya quotidiennement, dans le contexte intime de la Famille Impériale, pendant treize ans.
Sergueï Sergueevitch Oldenburg, historien spécialiste du règne de l’Empereur Nicolas II, écrivit: «L’Empereur Nicolas II jouissait d’un esprit vif, saisissant promptement l’essence des questions qui lui étaient exposées; tous ceux qui travaillèrent pour lui reconnaissent cela de façon unanime. Il avait une mémoire exceptionnelle, particulièrement en ce qui concerne les physionomies».
Il nous reste à ajouter à ce qui précède que l’Empereur Nicolas Alexandrovitch maîtrisait excellemment la langue allemande, et plus encore le français et l’anglais; sa prononciation de l’anglais suscitait l’étonnement et l’admiration des Anglais eux-mêmes et aurait pu induire en erreur un professeur d’Oxford qui l’aurait inévitablement pris pour un authentique Anglais.
Si la formation intellectuelle du Tsarévitch-Héritier fut excellente, son éducation, sous la supervision directe de ses augustes parents, sa moralité et ses qualités spirituelles du plus haut niveau, ne laissaient rien à désirer. De ses parents, le Tsarévitch hérita une foi en Dieu totalement inébranlable, une piété profonde, dévouement et patronage envers la Sainte Église Orthodoxe, ainsi que la conscience de la sainteté de son devoir de Monarque, chef suprême et premier serviteur du peuple de Russie, confié à ses soins par Dieu; en cela consistait la tradition des Monarques Autocrates de Russie, radicalement différente de celle des autres dirigeants, qui se limitaient à diriger le peuple sans jamais le servir.
Cette Tradition, transmise depuis les arrière-grands-parents jusqu’aux arrière-petits-enfants, trouva en la personne du Tsar-Martyr son plus éminent continuateur. Le Tsar-Martyr croyait profondément que seul le ferme accomplissement du devoir conférait sens et utilité à la vie de l’homme. Dans son âme, ce sentiment dominait tous les autres, il occupait en lui la première place et revêtait une importance plus grande que celle de sa propre vie elle-même. Ses soi-disant faiblesses résultaient non pas d’un manque de volonté, mais de son amour pour l’homme, du respect, inné chez Lui, pour l’opinion d’autrui, et par conséquent, de son souhait de n’offenser personne. Les gens éduqués, intelligents et sensés, ne furent évidemment jamais grossiers ni arrogants. Et pourtant, l’absence totale d’arrogance et de grossièreté en la personne du Tsar-Martyr fut perçue de façon négative par nombre de ses contemporains et de ses collaborateurs. (A suivre)
Traduit du russe.

  1. Le texte original russe nomme, assez étrangement, cette enseignante Madame «Sourgoutchev». Ce nom est en réalité celui de l’écrivain qui rédigea Детство Императора Николая II, («L’Enfance de l’Empereur Nicolas II», non traduit en français), l’ouvrage de référence pour cette période de la vie du Saint Tsar Nicolas II: Élie Sourgoutchev. Et celui-ci rédigea ledit ouvrage sur base du témoignage du fils de l’enseignante et compagnon de jeu du Saint Tsar, Vladimir Konstantinovitch Ollengren, dont Élie Sourgoutchev fit la connaissance à l’été 1939 à Juan-les-Pins. Le nom de jeune fille de Madame Ollengren était Okonichnikov (Оконишникова).