Le Saint Tsar Nicolas II
Le texte ci-dessous est extrait du recueil intitulé «Le Tsar Glorifié par Dieu» dans le magazine «Русский Паломник», n°15 de 1997. Il s'agit d'un récit que fit l'higoumène Seraphima (Poutiatina), du saint Monastère de Divieevo en 1920, d'un événement dont elle avait été le témoin et dont l'actrice principale avait été la Bienheureuse Folle-en-Christ «Pacha» de Sarov.

La clairvoyante et grande héroïne de l’ascèse Praskovia Ivanovna de Sarov vécut les dernières années de sa vie à Divieevo. Avant cela, elle séjourna plusieurs décennies au plus profond de la forêt. Elle commença son podvig alors que Saint Seraphim de Sarov vivait encore. Elle prédit un an à l’avance la naissance d’un fils au Souverain et à la Souveraine, «toutefois, ce petit oiseau impérial ne naîtrait pas pour la joie mais pour l’affliction»; son sang innocent et saint provoquera des hurlements dans les Cieux. Pendant les derniers jours de sa vie sur terre, elle prédit à travers ses agissements habituels, mais très clairs, la menace qui s’avançait vers la Russie. Elle avait placé les portraits du Tsar, de la Tsarine et de leur famille, dans le «beau coin» des icônes et priait devant eux de la même manière que devant les icônes, en répétant: «Saints Martyrs Impériaux, priez Dieu pour nous».

La Sainte Folle-en-Christ « Pacha » de Sarov.

En 1915, au mois d’août, je revins du front à Moscou, et ensuite à Sarov et Divieevo où je pus me convaincre personnellement de son attitude. Je me souviens, après la Liturgie de la Fête de la Dormition de la Mère de Dieu, à Divieevo, je me rendis directement de l’église auprès de l’ancienne Praskovia Ivanovna. Je demeurai auprès d’elle plus d’une heure, écoutant attentivement ses prédictions des temps terribles qui approchaient. Elle s’exprimait en paraboles, mais tant sa compagne de cellule que moi-même, nous comprîmes bien et déchiffrâmes ce qui aurait pu ne pas être clair. Mais elle m’annonça alors, à propos des événements mondiaux qui se déroulaient, beaucoup de choses que je ne compris pas comme je l’aurais dû. C’est alors qu’elle me dit que nos ennemis avaient machiné cette guerre dans le but de renverser le Tsar et de détruire la Russie en la découpant en morceaux. Ceux pour qui on se bat et en qui on espère nous trahiront et se réjouiront de notre affliction, mais leur joie sera de courte durée car pareille tristesse les prendra aussi.
En ma présence, la clairvoyante vénéra, en les embrassant, les portraits du Tsar et de sa Famille, elle les plaça avec ses icônes et les pria comme de saints martyrs. Ensuite elle pleura amèrement.

La Sainte Famille Impériale devant la Maison Ipatiev où elle mourut en martyre en Juillet 1918

Ces actes symboliques, je les compris quand le Tsar et sa Famille souffrirent les grandes épreuves liées à la guerre car s’ils ne furent pas déchiquetés par les grenades ou blessés par le plomb des balles, leurs cœurs aimants étaient déchirés par une indicible affliction et versaient du sang. Ils étaient en vérité des martyrs non sanglants. Tout comme la Sainte Mère de Dieu ne fut pas blessée par les instruments de torture, mais par la vue des souffrances de son Divin Fils; selon les paroles du Juste Siméon, une épée transperça son cœur.

Très Sainte Mère de Dieu « de Tendresse »

Après cela, la sainte ancienne prit de petites icônes de la Mère de Dieu de Tendresse, pareilles à celle devant laquelle mourut Saint Seraphim et bénit à distance le Souverain et sa Famille. Elle me demanda de leur envoyer ces petites icônes. Elle bénit avec celles-ci le Souverain, la Souveraine, le Tsarévitch, les Grandes Duchesses Olga, Tatiana, Maria et Anastasia, la Grande Duchesse Élisabeth Feodorovna et Anna Vyroubova. Je demandai de bénir au moyen d’une icône le Grand Duc Nicolas Nikolaevitch. Elle accepta, mais avec une icône de Saint Seraphim, et non celle de la Mère de Dieu de Tendresse. Après elle refusa de bénir d’autres icônes pour d’autres personnes, bien que je le sollicitai pour certains. Mon insistance n’eut aucun effet; elle agissait de façon très indépendante. Les icônes furent envoyées à leurs destinataires respectifs, qui les reçurent sans délai. Je demeurai après cela quelques jours encore à Divieevo. A la demande de Praskovia Ivanovna, je me rendis chaque jour auprès d’elle et reçus de sa part des enseignements d’une haute sagesse spirituelle. Elle imprima en mon cœur bien des choses qui m’étaient alors incompréhensibles. C’est aujourd’hui seulement que m’apparaît de façon plus claire la voie empruntée par Dieu pour dévoiler à cette Juste toutes les épreuves effroyables qui allaient s’abattre sur le peuple russe qui s’était détourné de la Vérité de Dieu. A l’époque, je n’avais pas compris pourquoi tous, à l’exception du Grand Duc Nicolas Nikolaevitch, n’avaient pas reçu une icône de Saint Seraphim de Sarov mais bien celle de la Mère de Dieu de Tendresse devant laquelle mourut Saint Seraphim. Aujourd’hui, c’est clair: elle savait que tous, à l’exception du Grand Duc, allaient finir leur vie en justes martyrs. Embrassant les portraits du Tsar et de sa Famille, la clairvoyante disait qu’ils étaient ses parents, ses proches bien-aimés et bientôt elle vivrait avec eux. Et cette prédiction s’accomplit. Un mois plus tard, elle décéda, passant en l’éternité, et elle vit aujourd’hui avec les Martyrs de la Famille Impériale dans le Havre céleste de paix.
Traduit du russe
Source.