Geronda Joseph de Vatopedi. La Nature de l’Église 3

Le site Pemptousia, lié au Saint et Grand Monastère de Vatopedi, avait mis en ligne dans ses pages russes une série de quatre textes, intitulés «La Nature de l’Église», du Saint Geronda Joseph de Vatopedi, Père spirituel de la communauté de ce monastère et fils spirituel du Saint Geronda Joseph l’Hésychaste. Très récemment, la section russe du site a été supprimée sans explication. Heureusement, ces textes avaient été repris entretemps par le site Odigitria.by. Il s’agit d’extraits du livre « De la Mort à la Vie ». Voici la troisième des quatre parties. Les autres se trouvent ici.

La tradition relative à la mission de l’Église a été transmise des fondateurs de l’Église, à travers les Apôtres, jusqu’à nous : planter et cultiver dans les âmes des gens la perception et la conscience de ce que chaque membre de l’Église est une personne éternelle, universelle, divino-humaine, et donc frère ou sœur de chaque être humain. Voilà l’objectif de l’Église et c’est le Christ qui l’y a introduit. Tout autre but ne vient pas du Christ, mais de notre ennemi.
Pour que notre Église locale soit synodale, il convient de mettre fidèlement en œuvre les méthodes inhérentes à la divino-humanité: les vertus et les labeurs divins. Comme les saints apôtres les utilisaient toujours, après les avoir reçus du Seigneur, et à leur suite, leurs héritiers, les grands héros christophores de l’ascèse. Leurs vertus divino-humaines étaient organiquement liées et interdépendantes; quand une vertu en engendrait une autre, elles se renforçaient mutuellement. Lorsque se manifestent les impulsions du vieil homme, modèle de l’homme terrestre, ces passions destructrices, les mauvais raisonnements, et les perversions, alors, les fidèles doivent opposer à ces commandements viciés du péché, la masse des vertus créées par l’image de l’homme céleste, ce modèle authentique dont nous sommes revêtus. La première de nos responsabilités, les responsabilités des êtres pareils à Dieu, est la foi en Christ, une foi sans retenue ni compromis. Si nous nous en tenons à cette foi avec l’abnégation qui l’accompagne, cela signifie que nous servons le Christ, nous Le vénérons, nous L’aimons pour tout ce qui arrive en notre vie. La vertu divino-humaine suivante, dans le contexte de nos obligations, est la prière et le jeûne. Cette vertu doit faire partie du mode de vie des Orthodoxes, de la vie dans toutes ses manifestations, pour devenir l’âme de son âme, car elle unit directement avec le Christ Sauveur, Qui le jura Lui-même : Je ne veux pas la mort du pécheur, mais que le pécheur se détourne de sa voie et qu’il vive (Ez.33,11). Jeûne et prière doivent être accomplis non par chacun isolément, mais en l’Église; ils doivent s’accomplir en tous. Jeûne et prière, en effet, ne constituaient-ils pas l’exigence principale requise par Dieu de la part de nos ancêtres, lorsqu’Il les appelait au repentir ? Ne s’agissait-il pas là de manifestations actives du repentir? Ne furent-ils pas mis en œuvre en toutes les périodes de l’histoire par les héros de l’ascèse qui s’efforçaient de restaurer leur lien avec Dieu qu’ils servaient?
Une autre vertu conciliaire, sceau de la vérité chrétienne, est l’amour. Cette vertu divino-humaine est accessible en tous temps, à tous. Elle ne connaît ni frontière ni mesure, elle est plutôt une expiration d’une caractéristique divino-humaine, car Dieu Lui-même est et Se nomme amour, et même ‘tout-amour’. Il est pareil à la lumière du soleil qui se déverse sur tous sans discrimination. Le Dieu Très Bon prend soin de nous tous et nous fait tous bénéficier de Sa bonté, y compris les pécheurs, même s’Il préfère le juste, selon la loi de la similarité. Il convient de faire croître cet amour divino-humain dans notre nature ; il se distinguera de tout autre amour, de ce que nous nommons amour, de l’amour relatif, de l’amour égoïste et de l’amour du gain. L’amour du christ embrasse toujours tous, il est toujours désintéressé, toujours il donne, jamais il ne reçoit ni ne demande. Dans son hymne merveilleuse, Paul le Théophore chante les louanges de l’amour comme personne, car personne ne vécut l’expérience de cette vertu dans toute sa plénitude comme il le fit.
La douceur et l’humilité sont d’autres vertus divino-humaines. Seul un cœur doux peut calmer l’homme troublé et agité par l’inquiétude. Toute autre intervention serait surtout vaine. La douceur envers tous est une obligation pour chaque Chrétien, qui dans chacune de ses prières appelle de tout son cœur le Seigneur doux et humble. Selon nos Saints Pères, douceur et humilité ne sont pas seulement ces vertus par lesquelles nous chassons le mal qui s’y oppose, mais l’essence même de la responsabilité «christologique», c’est-à-dire qui découle de l’existence de l’Image Prototype, le Chef de notre salut, notre Père, pour autant que nous Lui attribuions un nom. Que signifierait le terme «chrétien», sinon que nous sommes héritiers du Christ et avons un seul Père ?

Photo:Pemptousia

Dès lors, si notre Père, comme Il Se confessa en toute simplicité, est doux et humble de cœur (Mat.11,29), nous devons revêtir ces mêmes traits, afin qu’on ne nous compte pas parmi les enfants illégitimes, mais parmi les fils (Heb.12,8). Rien de plus naturel pour le fils que d’être semblable au père. Par conséquence, le devoir du Chrétien consiste à être doux et humble de cœur, et non l’adoption d’une attitude extérieure.
En nous dévoilant Son caractère, Sa douceur et Son humilité de cœur, le Seigneur nous a promis que si nous Le suivons dans cette voie, nous trouverons la paix dans nos âmes (Mat.11.29), ce qui est tellement important et nécessaire en nos temps de troubles. Par Sa kénose, le Seigneur nous a montré le dernier niveau de l’humilité, qui était inaccessible et jamais n’aurait été concevable par une créature naturelle. Qui aujourd’hui se justifie en avouant ne pas être humble?
Ensuite, le niveau suivant de l’ascension vers les promesses divines est l’a retenue, la longanimité, qui supporte tout et pardonne tout. «J’ai attendu le Seigneur dans une vive attente, et il a fait attention à moi. Et il a exaucé mon oraison, et il m’a tiré du lac de misère et du bourbier fangeux; et il a établi mes pieds sur le roc, et il a dirigé mes pas».(PS. 39,1-3)1
Alors, l’homme endure le mal, ne répond pas au mal par le mal, magnanimement il pardonne la calomnie, la diffamation et même les blessures. Tout cela fait partie du Christ, «qui, injurié, ne rendait point d’injures, maltraité, ne faisait point de menaces, mais s’en remettait au Juste Juge»(1Pi.2,23). Futile, le monde n’endure rien, il ne supporte pas les gens christophores, ceux qui subissent avec patience. Il les dénigre, et les juge hypocrites, car il ne supporte pas de se voir inférieur à eux. (A suivre)
Traduit du russe
Source.

Geronda Joseph de Vatopedi. La Nature de l’Église 2

Le site Pemptousia, lié au Saint et Grand Monastère de Vatopedi, avait mis en ligne dans ses pages russes une série de quatre textes, intitulés «La Nature de l’Église», du Saint Geronda Joseph de Vatopedi, Père spirituel de la communauté de ce monastère et fils spirituel du Saint Geronda Joseph l’Hésychaste. Très récemment, la section russe du site a été supprimée sans explication. Heureusement, ces textes avaient été repris entretemps par le site Odigitria.by. Il s’agit d’extraits du livre « De la Mort à la Vie ». Voici la seconde des quatre parties. Les autres se trouvent ici.

L’Église est une.
Il n’est pas d’autre Église qu’une Église du Christ, dont elle est le Corps et le Christ ne S’en séparera jamais. L’unité du genre humain, jadis brisée par la chute et le péché, fut restaurée dans le Christ incarné. Au moyen du Corps du Christ, l’Église, un mode d’existence entièrement nouveau, fut introduit. La fonction principale de l’Église dans le monde est de rassembler les hommes et femmes dispersés et disséminés et de les réunir en une unité organique et vivante dans le Christ.
L’unité de l’Église est à la fois le début et la fin de son existence. C’est son fondement et son but, sa donnée originelle et son problème qui exige d’être résolu. L’unité d’esprit fut donnée dès l’origine, mais elle doit être préservée et prolongée par l’union du monde (cf.Eph.4,3) à travers d’incessants efforts de foi et d’amour dans le Christ, et dans la communion du Saint-Esprit.
La catholicité1 de l’Église est également une donnée. La catholicité du Corps est déjà prédéterminée par l’unité de son Chef et du Consolateur. La pleine catholicité induit une transfiguration complète de la vie humaine, qui se réalise au moyen d’efforts spirituels, à travers l’acquisition de l’amour et de l’abnégation.
Par le mystère de l’économie divine, Dieu le Verbe nous ouvrit la voie vers la Divinité Trine. Dans ce mystère divino-humain, dans lequel fut accomplie l’économie divine, tout vient à exister et à être «du Père, à travers le Fils, dans l’Esprit-Saint». Voilà la loi primordiale du corps divino-humain de l’Église, le but suprême tant de sa vie que de la vie de chacun de ses membres, et par conséquent, vie authentique et salut, sont la vie dans la Sainte Trinité, notre Dieu un. Cela fut incarné dans l’Église, Corps du Christ, par la crucifixion, la Résurrection et l’Ascension de notre Seigneur. Au moyen de sa grâce, le Seigneur transfigure l’homme ancien en homme nouveau, lui donne la force pour la vie nouvelle.

En s’incarnant, Dieu le Verbe prit un corps humain et accomplit tout le mystère de l’économie divine, ainsi que le salut du monde à travers ce corps et dans ce corps. L’Église devint Son corps, dans lequel s’accomplit en permanence le mystère du salut du monde, délivré du péché, de la mort et du diable. La promesse du Nouveau Testament consiste en un monde qui fut proclamé à tous, proches et lointains. Il s’agit encore et toujours de l’unique véritable promesse vivante faite aux témoins du Seigneur qui vécurent deux mille ans avant nous; elle est faite à ceux qui vivent aujourd’hui, et à tous les gens et tous les peuples de toutes les époques. De la sorte qu’à travers Jésus Christ, tous les hommes et toutes les femmes, même les juifs, même ceux qui ne connaissent pas Dieu, ont accès au Père dans un même esprit, dans la mesure où c’est uniquement par le Christ que l’on arrive au Père. Dès lors, le salut authentique, c’est la vie dans la Très Sainte Trinité.

Photo: Pemptousia.

Dans l’Église, tout ce qui est divino-humain est trine et à travers le Dieu-homme, tout ce qui appartient à l’Église conduit à la Divinité Trine. « Ainsi donc, vous n’êtes plus des étrangers, ni des gens du dehors; mais vous êtes concitoyens des saints, gens de la maison de Dieu. Vous avez été édifiés sur le fondement des apôtres et des prophètes, Jésus-Christ Lui-même étant la pierre angulaire. En Lui tout l’édifice, bien coordonné, s’élève pour être un temple saint dans le Seigneur. En Lui vous êtes aussi édifiés pour être une habitation de Dieu en Esprit.»(Eph.2,19-22). La vie de l’Église est toujours collégiale, avec tous les saints (Eph.3,18). C’est pourquoi, dans tous ses efforts évangéliques et ses exploits ascétiques, l’homme prend appui sur les saints, sur leur aide, leur intercession, il est concitoyen des saints.
Le chemin vers l’unité divino-humaine de tous les hommes en Christ est tracé par l’Église, à travers les Saints Mystères, et les activités divino-humaines que sont les exploits ascétiques et les actes bons. Les héros de cette solennelle activité sont tous les saints moines qui au cours des siècles à travers leurs multiples podvigs ont complètement rejeté le vieil homme, corrompu par la séduction de la luxure, et revêtu l’homme nouveau, créé selon Dieu. La raison en est leur vie en Christ ; ils ont imité le Christ, dans la mesure où ils se sont approprié le modèle, l’image céleste, le regard fixé sur leur Maître, Jésus, Qui vécut la foi jusqu’à sa perfection. Au moyen de podvigs concrets dans les vertus divino-humaines, la foi, la prière, le jeûne, l’amour, la douceur, la miséricorde, la compassion, la charité, l’homme se fortifie dans l’unité, protège la sainteté, par sa pratique ; ensemble avec les autres membres de l’Église, Corps du Christ, il fait l’expérience de sa rencontre personnelle avec son Image Originelle, le Christ.
L’Église en tant qu’hypostase du Dieu-Homme, le Christ, est un organisme divino-humain, et pas une institution humaine. L’Église est indivisible comme la Personne de son Fondateur, comme Son Corps. C’est pourquoi nous répétons que la division de l’Église, organisme divino-humain insécable en petites organisations nationales, est une erreur immense. Et nous, les Athonites, en cette dernière heure, alors que les fondements de la vie sociale sont ébranlés, demandons à la hiérarchie de cesser de servir l’idée de nationalisme (car ce sont eux, nos pasteurs), et de devenir les militants authentiques de l’Église Une, Sainte, Catholique et Apostolique (A suivre)
Traduit du russe
Source.

Geronda Joseph de Vatopedi. La Nature de l’Église 1

Le site Pemptousia, lié au Saint et Grand Monastère de Vatopedi, avait mis en ligne dans ses pages russes une série de quatre textes, intitulés «La Nature de l’Église», du Saint Geronda Joseph de Vatopedi, Père spirituel de la communauté de ce monastère et fils spirituel du Saint Geronda Joseph l’Hésychaste. Très récemment, la section russe du site a été supprimée sans explication. Heureusement, ces textes avaient été repris entretemps par le site Odigitria.by. Il s’agit d’extraits du livre « De la Mort à la Vie ». Voici la première des quatre parties.

Nous sommes accablés par la multiplication des méfaits et de l’indifférence de notre époque; les intérêts mondains se concentrent de plus en plus autour d’un individualisme ostensible et d’une cupidité agressive. Dans cette atmosphère dominée par une telle cupidité, quel sens peuvent encore avoir des concepts comme l’immortalité et l’infini? Les adhérents de la vaine gloire et du matérialisme y sont enchaînés et font preuve de la plus grande méfiance envers tout ce qui est éternel. Emprisonnés dans les dures entraves du temps et de l’espace, ils refusent toute comparaison, et peut-être à cause de la force d’inertie des habitudes, ils ne peuvent rien intégrer qui soit supérieur au temps ou à l’espace, rien d’éternel. Ils considèrent de telles pensées comme des envahisseurs étrangers auxquels ils résistent. L’adepte de l’humanisme nomme cela une violence à l’encontre de sa liberté et son impardonnable insolence. Son corps étant immergé dans la matière, la force de la pesanteur le lie à l’espace et au temps, dans son esprit, coupé de toute idée d’éternité, il fuit les théories de l’éphémère et de l’éternel, car il les considère trop complexes. Il est effrayé par le gouffre qui sépare le temps et l’éternité, considérant qu’il est impossible de le franchir, n’ayant ni la capacité, ni la force serait-ce d’y poser son regard. Le coupable de tout cela est l’ennemie vigilante et impitoyable de l’homme, la mort; elle transforme tout ce qu’elle approche en éphémère et en transitoire, se riant de tout l’éternel et de l’infini. L’humaniste, enfoncé dans le monde des éléments, tente au moyen de ses organes des sens périssables d’analyser, erronément, l’homme comme être périssable, se moquant de l’idée même d’éternité.

Église de la skite Sainte Anna

Chez l’homme, le sentiment d’immortalité n’est pas le fruit d’un enseignement ou d’un endoctrinement, mais son état intérieur. L’homme doit souffrir son immortalité à travers la communion à l’immortalité du Seigneur Qu’il suit. Mais pour retrouver son immortalité, il doit se considérer lui-même immortel, car son but essentiel, le point de convergence de ses intérêts, c’est le Christ, le seul éternel et immortel. Sans cette immortalité et cette éternité, il ne s’agit que de concepts extérieurs que l’on assimile mais qui demeurent dépourvus de sens. Il est possible que les générations précédentes possédaient ce ressenti. Dans notre génération, celui-ci s’est affaibli de façon effrayante, et nous en recevons le signal dans les tendances étranges de la vie humaine. La vraie mission consiste à rallumer en soi ce ressenti qui s’est éteint et de rectifier notre conscience polluée. Toutefois, les hommes ne peuvent réaliser cela avec tous les moyens et les philosophies dont ils disposent. Seul Dieu en est capable, Qui Lui-même s’incarna, immortellement, dans les sensations humaine et la conscience humaine de soi, et unit les natures divine et humaine en une nature divino-humaine et transmit à l’insignifiance humaine une part de Ses propriétés divines, l’infinitude, l’immortalité et l’éternité.
C’est donc de cette façon que le Christ Dieu-Homme, en Sa Personne, a posé un pont entre le temps et l’éternité, et restauré le lien entre eux. C’est pourquoi seul l’homme qui s’unit organiquement avec le Christ Dieu-Homme et Son Corps, l’Église, se sent lui-même à l’intérieur des limites de l’immortalité et de l’éternité.
C’est uniquement dans le Christ que notre nature passe du temporel à l’éternel; elle ne se sent plus mortelle mais immortelle, non pas divisée et limitée dans le temps, mais entière et éternelle. L’Église est l’hypostase éternellement vivante du Christ l’Homme-Dieu, Son hypostase, dans le présent et dans l’éternité, l’hypostase divino-humaine, l’esprit et le corps divino-humains. La définition de l’Église, sa vie, son but, son esprit, ses principes, ses méthodes, tout ce qui la constitue, lui est donné par le Christ Dieu-Homme.
Il est juste d’affirmer que la mission de l’Église est l’union organique et personnelle de tous ses membres avec la Personne du Christ Homme-Dieu, la transfiguration de leurs sentiments spirituels en ressenti et connaissance divino-humains du Christ, afin que toute leur vie se déploie dans et avec le Christ, pour qu’ils ne vivent pas pour eux-mêmes, mais pour que le Christ vive en eux. (Gal. 2,20). C’est à travers l’Église que le Christ donne aux fidèles l’immortalité et l’éternité, faisant d’eux des participants à Sa nature divine (2Pier.1,4). La mission de l’Église consiste également en ce que chacun de ses membres acquière la conscience de ce que la situation normale de la personne humaine est l’immortalité et l’éternité, et non le trajet de cette vie temporelle. L’homme est un voyageur qui chemine vers l’immortalité, l’éternité et les promesses divines. Bien que l’Église se trouvât à l’intérieur des limites du temps et de l’espace, comme elle est divino-humaine, tout en existant en ce monde, en même temps, elle est hors de celui-ci (cfr. J. 18,36). Elle se trouve en ce monde afin de sublimer cette affliction dont elle est elle-même issue.
Selon les termes de notre grand théologien, le Saint Père Justin (Popovitch), «l’Église est œcuménique, catholique, divino-humaine, éternelle, et c’est donc un blasphème inexcusable contre le Christ et contre le Saint Esprit, que de faire de l’Église une institution nationale»1. L’objectif supra national, universel de l’Église englobe toute l’humanité. Il s’agit d’unir dans le Christ tous les gens indépendamment de leur nationalité, race ou situation sociale. Il n’y a plus ni juifs ni païens, ni esclave ni homme libre, ni sexe masculin ou sexe féminin, car tous sont un dans le Christ et, «Christ est tout et en tous»(Col.3,11) (A suivre)
Traduit du russe
Source.

 

Ukraine. Sur le blog du Moinillon . Prière pour une Église ‘une’

Le blog de Maxime ‘Journal d’un chrétien orthodoxe ordinaire’ reproduit aujourd’hui un texte mis en ligne le samedi 8 septembre sur le ‘blog du Moinillon’. Compte tenu de l’ampleur catastrophique insoupçonnée que peuvent prendre les conséquences des événements déclenchés par la décision du Patriarcat de Constantinople de faire naître en Ukraine une « Église autocéphale » il a paru opportun de reproduire ci-dessous ce texte, sans changement aucun, tous les mérites en revenant à ‘P’tit Moine’. Une seconde prière y est ajoutée à la suite, celle récitée devant l’icône de la Très Sainte Mère de Dieu de Kazan.
En outre, pendant quasi trois ans les introductions aux traductions mises ici en ligne ont été rédigées en s’efforçant d’éviter l’usage de la première personne du singulier. Il sera fait aujourd’hui une exception:
En tant que fidèle d’une paroisse orthodoxe grecque d’une Métropole d’Europe occidentale dépendant du Patriarcat de Constantinople, je me sens moralement co-responsable de la décision exprimée et mise en œuvre par le Patriarche Bartholomée. Dans cette situation, je demande pardon à tous nos frères et sœurs orthodoxes russes du Patriarcat de Moscou (liés à l’actuelle Église Orthodoxe d’Ukraine, seule canonique) et à toutes les Ukrainiennes et tous les Ukrainiens qui ont et qui auront à souffrir des effets de la décision en cause, alors que leur pays, et particulièrement le Donbass, est déjà un lieu d’intenses souffrances. Pardonnez-moi.

Tous les Saints de Russie, priez Dieu pour l’Église et les patriarches

Saint Michel, métropolite de Kiev, prie Dieu pour nous !
Saint Vladimir qui baptisa la Rus’, prie Dieu pour nous !
Saints Boris et Gleb, priez Dieu pour nous !
Saints Antoine et Théodose, et tous les saints des grottes de Kiev, priez Dieu pour nous !
Saint Avramy de Rostov, prie Dieu pour nous !
Saint Nikita de Novgorod, prie Dieu pour nous !
Saint Alexandre de la Néva, prie Dieu pour nous !
Saint Igor prince de Tchernigov, prie Dieu pour nous !
Saint Daniel de Moscou, prie Dieu pour nous !
Saint Vsevolod de Pskov, prie Dieu pour nous !
Saint Michel prince de Tver, prie Dieu pour nous !
Saint Serge de Radonège et tous les saints de la laure de la Trinité-Saint-Serge, priez Dieu pour nous !
Saint Alexis, métropolite de Moscou, prie Dieu pour nous !
Saint Maxime le Grec, prie Dieu pour nous !
Saint Job de Potchaev et tous les saints de la Laure de Potchaev, priez Dieu pour nous !
Saint Thaddée et tous les saints de la Laure de Sviatohorsk, priez Dieu pour nous !
Saints Serge et Herman et tous les saints de Valaam, priez Dieu pour nous !
Saints Savaty et Herman et tous les saints de Solovki, priez Dieu pour nous !
Saint Séraphim de Sarov, prie Dieu pour nous !
Saint Basile le bienheureux de Moscou, prie Dieu pour nous !
Saint Dimitri de Rostov, prie Dieu pour nous !
Saint Théophile de Kiev, prie Dieu pour nous !
Saint Amvrosy et tous les saints d’Optino, priez Dieu pour nous !
Sainte Xénia de Saint-Pétersbourg, prie Dieu pour nous !
Saint Jean de Cronstadt, prie Dieu pour nous !
Saint Jean de Shanghaï, prie Dieu pour nous !
Saint Alexis d’Ugine, prie Dieu pour nous !
Saint Koukcha d’Odessa, prie Dieu pour nous !
Tous les Saints néomartyrs et confesseurs de Russie, priez Dieu pour nous !

Saint apôtre Bartholomée, prie Dieu pour nous !
Saint Cyrille, prie Dieu pour nous !
Tous les saints, priez Dieu pour eux !
Très Sainte Mère de Dieu, prie Dieu pour eux !

1) Allocution du patriarche Bartholomée lors de la synaxe des hiérarques à Constantinople(1er septembre 2018)
2) Nomination de deux exarques du Patriarcat œcuménique à Kiev (7 septembre 2018)
3) Déclaration du Saint-Synode de l’Église orthodoxe russe du 8 septembre 2018

Sources: Blog de Maxime , Blog du Moinillon

A la prière ci-dessus peut s’ajouter celle que l’on récite devant l’icône de la Mère de Dieu de Kazan, et qui demande l’aide de Celle-ci entre autres contre schismes et hérésies. Il est vrai que ces derniers sont à l’œuvre en Ukraine depuis un certain temps, mais ce qui pourrait arriver serait bien pis encore.  La version française traduite traduite du slavon, et reproduite ci-dessous m’a été remise par un membre de notre paroisse.

Ô toute sainte Reine, Notre Dame la Mère de Dieu,
nous prosternant avec foi et amour devant ta précieuse icône, nous te prions :
ne détourne pas ta face de ceux qui accourent vers toi.
Prie ton Fils et notre Dieu, le Seigneur Jésus-Christ, ô Mère pleine de compassion,
afin qu’Il nous garde dans la paix,
et qu’Il préserve Sa sainte Église contre l’incroyance, l’hérésie ou le schisme.
Car nous n’avons pas d’autre aide ni d’espoir que toi, ô très pure Vierge.
Tu es le tout puissant secours et la protectrice des Chrétiens.
Délivre tous ceux qui te prient avec amour contre les assauts du péché,
contre les attaques des hommes méchants,
contre toutes les tentations, afflictions et détresses, et contre la mort soudaine.
Accorde-nous d’avoir un esprit contrit, un cœur humble, des pensées pures,
afin que nous amendions nos vies pécheresses
et que nous obtenions la rémission de nos péchés.
De sorte que nous puissions chanter avec reconnaissance tes hauts faits,
et que nous soyons assurés du Royaume éternel.
Amen.

Saint Luc de Crimée : Homélie pour la Fête de la Dormition prononcée en 1948

agios-louka-st-lukaInnombrables sont les miracles accomplis par l’intercession du Saint Archevêque et Confesseur de la Foi Luc de Crimée. Saint Luc a illuminé la Terre de Russie et il illumine aujourd’hui le monde entier. Puisse-t-il nous accompagner dans la joie sur notre chemin vers le Christ et nous donner la force de porter notre croix. Afin de nous y aider le Saint homme a prononcé ses homélies et écrit ses textes. Ce site propose la traduction d’homélies et de textes de Saint Luc, à notre connaissance inédits en langue française. L’homélie ci-dessous a été prononcée en 1947. Elle est intégrée dans le recueil intitulé «Hâtez-vous vers le Christ» (Спешите идти за Христом).

«La Mère de Dieu qui jamais ne se lasse d’intercéder pour nous et dont la protection ne pouvait cesser d’être notre espérance, ne se laissa vaincre par la mort ni le tombeau, puisqu’elle est la Mère de la Vie et qu’elle a rejoint la Source de la vie : celui qui demeura dans son sein virginal» (Kondakion de la Fête, Ton 2).

Il convient de s’attarder sur le sens de ce kondakion. Inlassablement, la Toute Sainte Mère de Dieu prie pour le genre humain et inébranlable est notre espérance en Son intercession devant Son Divin Fils. La mort et la tombe ne furent pas en mesure de La retenir.
La Tradition nous apprend que lorsque les Apôtres se rassemblèrent miraculeusement autour de Son lit de mort, l’Apôtre Thomas manquait. Il arriva quelques jours après et, dans un chagrin immense, il demanda qu’on lui montrât la tombe de la Panagia. On enleva alors la grosse pierre qui fermait la tombe, à Gethsémani, où Elle avait été inhumée, selon Ses propres instructions. Et ils constatèrent que Son corps ne s’y trouvait plus. La tombe et la mort n’avaient pu La retenir car Elle était la Mère du Principe de Vie, Qui S’était réjoui dans Son sein virginal, et Qui L’avait emmenée pour la vie éternelle.

Attardons-nous sur ces derniers mots, d’une très grande importance. La mort de la Toute Sainte Mère de Dieu fut la bienheureuse Dormition, par laquelle Elle traversa directement de la mort à la vie, selon les paroles de vérité de Son Fils Divin. Le Seigneur avait annoncé : «En vérité, en vérité, Je vous le dit : celui qui écoute ma parole, et qui croit à celui qui m’a envoyé, a la vie éternelle et ne vient point en jugement, mais il est passé de la mort à la vie» (J.5,24). La mort des justes est le passage direct de la vie dans le corps, dans les circonstances terrestres, à la vie éternelle dans le Royaume de Dieu. C’est ce que nous disent également les propos de notre Seigneur Jésus Christ dans Sa parabole du riche et de Lazare : «Le pauvre mourut, et il fut porté par les anges dans le sein d’Abraham. Le riche mourut aussi, et il fut enseveli. Dans le séjour des morts, il leva les yeux ; et, tandis qu’il était en proie aux tourments, il vit de loin Abraham, et Lazare dans son sein…» (Lc.16,22-23). C’est donc immédiatement après sa mort que commença pour Lazare une vie bienheureuse, et pour le riche, les tourments de l’enfer.
Au chapitre 20 de l’Apocalypse de Saint Jean, nous voyons qu’il existe une première mort, et ensuite une seconde. La première, c’est la mort naturelle, qui met un terme à la vie terrestre de chaque homme et de chaque femme, et c’est cette seule mort naturelle, qui souvent est une bienheureuse dormition, qui concerne les justes. Mais les grands pécheurs, ceux qui renient Dieu, doivent s’attendre à la terrible seconde mort, la mort spirituelle à laquelle ils seront condamnés par le Christ lors de Son redoutable Jugement. Vous vous direz peut-être que toutefois, les justes eux-aussi, devront paraître lors du Jugement. Oui, ils devront se présenter. Mais pour eux, il ne s’agira pas d’un jugement, mais d’un triomphe car selon les paroles du Christ, ils ne subiront pas le jugement. Avant de prononcer Son divin verdict, le Christ séparera les brebis des boucs, et les brebis, les justes, seront placées à Sa droite et Il leur dira : «Venez, vous qui êtes bénis de mon Père ; prenez possession du royaume qui vous a été préparé dès la fondation du monde» (Mat.25,34). La condamnation à la seconde mort concernera les méchants boucs.
Ce grand secret nous est révélé déjà dans la Sagesse de Salomon : «Les âmes des justes sont dans la main de Dieu. Et nul tourment ne les atteindra. Aux yeux des insensés, ils ont paru mourir, leur départ a été tenu pour un malheur et leur voyage loin de nous pour un anéantissement, mais eux sont en paix» (Sag.3,1-3). Et le Saint Apôtre Paul dit encore : «Car le Christ est ma vie, et la mort m’est un gain. Mais s’il est utile pour mon œuvre que je vive dans la chair, je ne saurais dire ce que je dois préférer. Je suis pressé des deux côtés : j’ai le désir de m’en aller et d’être avec Christ, ce qui de beaucoup est le meilleur ; mais à cause de vous il est plus nécessaire que je demeure dans la chair» (Phil.1,21-24). Quelle merveille que cette expression de l’Apôtre ‘la mort m’est un gain’. Si nous parvenons à l’imiter, tout comme lui imita le Christ, alors toute notre vie sera en Christ, la mort sera une joie et un grand gain, et nous ne serons pas concernés par les paroles du psalmiste : «Le malheur tue le méchant» (Ps.33,22).
Puisse la mort être pour nous les Chrétiens une bienheureuse dormition, un bienheureux passage de la mort à la vie. Alors, la perspective du Jugement Dernier n’aura rien d’effrayant pour nous, car il sera effroyable seulement pour les méchants, pour les pécheurs sans repentir et pour les blasphémateurs. Quant à nous, les Chrétiens, le Fils de Dieu a dit, à la fin de son propos concernant les signes de Sa Seconde Parousie: «Quand ces choses commenceront à arriver, redressez-vous et levez vos têtes, parce que votre délivrance approche» (Lc.21,28). Menez votre vie de manière à ce que la seconde mort ne vous concerne pas! Amen!
Traduit du russe.

Métropolite Athanasios. La Grâce descend dans le cœur qui rend grâce. (3/3)

Les éditions du Monastère de la Présentation au Temple viennent de publier un nouveau livre de son Éminence le Métropolite Athanasios de Limassol, intitulé «Сохраним душу живой» (Gardons notre âme vivante), développant un enseignement de la pratique de l’essence de l’Orthodoxie dans la vie quotidienne et surtout dans la famille. Comme de coutume, le site Pravoslavie.ru, lié au Monastère a mis en ligne le 24 mai 2018 quelques extraits de ce nouveau livre. Voici la traduction de la troisième partie de l’un des chapitres de l’ouvrage.

Photo Diakonima

Nous rendons grâces à Dieu parce qu’Il S’est fait Homme, parce qu’Il nous a rendus dignes de nous tenir à Ses côtés, parce qu’Il nous a aimé, et nous Lui rendons grâces pour tout le reste. Savez-vous que ce qu’il y a de plus important, c’est de rendre grâces à Dieu pour les épreuves que nous devons endurer? Savez-vous combien c’est important? Il vient réellement un moment, et s’il vient, il vaut mieux qu’il intervienne pendant notre vie et non après notre mort, pour rendre grâces à Dieu pour tous les malheurs de notre vie. Savez-vous quand? Quand nous manifestons notre patience, quand nous prions et quand nous glorifions Dieu, alors la douleur dans notre cœur s’adoucit et devient agréable. Le poison se fait alors médecine, l’amer devient doux et ensuite se produit ce dont parle le Prophète David : «C’est un bien pour moi, que Tu m’aies humilié, pour que j’apprenne Tes jugements»1 . C’est un bien que Tu aies permis que je devienne malade afin que je sois affligé, vaincu, brisé, car c’est là un bien précieux pour moi. Mais quand faisons-nous cela? Uniquement lorsque nous sentons en notre vie la main bienfaisante de Dieu. Quand le médecin nous opère, nous ressentons la douleur et il est rare que nous disions merci! C’est après que l’on dit au médecin, merci de m’avoir opéré! Quand on a mal partout, on n’a pas l’esprit saturé de gratitude… Mais quand l’opération est terminée, quand nous nous rétablissons, lorsque le danger est passé, alors seulement, nous disons:
– Merci, docteur! Vous m’avez vraiment aidé et je vais retrouver la santé!
Nous remercions quand nous nous sentons mieux portants. Ce serait très bien si nous remerciions le médecin pendant nos souffrances, pendant l’opération. Rendre grâces à Dieu. Remercier pendant que nous nous trouvons plongés dans l’opération pédagogique de Dieu, pendant que nous ressentons la douleur, l’affliction, pendant que le sang coule. Vous savez combien il est important que l’homme dise alors «Gloire à Dieu!». L’Église souligne toujours l’exemple du Juste Job qui endura maintes souffrances, et Saint Jean Chrysostome dit: «Oh, bienheureuse voix de Job! Quand Job est-il devenu saint? Lorsque ses enfants moururent, lorsqu’il perdit toutes ses possessions, quand on le méprisa, quand son épouse le rejeta, quand il souffrit, et qu’il dit «Que le Nom de Dieu soit béni!» C’est vraiment alors qu’il devint saint et dit «Que le Nom de Dieu soit béni!», et non lorsque tout était parfait autour de lui. Quand tout va bien pour nous, c’est facile de dire «Gloire à Dieu». Et malheur à nous si nous ne le disons pas!
Imaginez que tout va bien pour vous, et vous ne dites pas «Gloire à Dieu!». Cela en dit long au sujet de votre ingratitude. Mais dans votre vie, tout s’effondre, vous ressentez la douleur, mais trouvez en vous la force de dire: «Gloire à Dieu!», alors, vous êtes réellement saint. Vous avez trouvé la clef, et malgré qu’elle soit petite, cette clef vous ouvrira une grande porte. Cette clef ouvre la porte du Règne de Dieu, où tout est saint.
Abba Isaac le Syrien dit: «Les lèvres qui remercient pour tout reçoivent la bénédiction de Dieu. Le cœur dans lequel vit la gratitude reçoit la grâce». Il ajoute également qu’aucun don de Dieu ne s’épanouira sinon celui pour lequel nous aurons exprimé notre gratitude.
Geronda Ephrem de Katounakia, un des piliers de l’Église, raconte qu’un jour, Geronda Joseph l’Hésychaste soupira et dit: «Ah, combien d’années m’a-t-il fallut pour découvrir le secret de la grâce!» Geronda Ephrem était encore jeune; il n’osa pas demander quel était ce secret. Le temps s’écoula et quelques années plus tard, il posa la question, et Geronda Joseph répondit: «La gratitude. Voilà le secret de la grâce». Vous voulez réussir dans la vie spirituelle? Apprenez à rendre grâces à Dieu pour tout.
Saint Isaac le Syrien dit que le cœur qui sans cesse rend grâces à Dieu fait descendre la grâce de Dieu sur l’homme. Et au contraire, ce qui attire la tentation dans l’âme de l’homme, ce sont les murmures, les ronchonnements, dans le cœur. Le Saint explique: «Dieu supporte toutes les faiblesses de l’homme, mais ne supporte pas l’homme qui murmure sans arrêt et le punit, le laissant tomber dans la tentation». Littéralement, il nous dit : «Écoutez, ne vous tourmentez pas, et si vous voulez mener à bien votre vie spirituelle et être béni, apprenez à remercier Dieu pour tout». Mais nous faisons le contraire. Immédiatement, nous commençons à murmurer :
– Pourquoi dois-je sans cesse affronter la tentation? Pourquoi suis-je chargé d’afflictions? Pourquoi tout se passe-t-il contrairement à ce que je souhaite?
Parce que nous murmurons sans cesse, et ces récriminations transforment le bien en mal. Lorsque Jésus a guéri une dizaine de lépreux, un seul a fait demi-tour pour venir remercier Dieu. Le Christ dit alors :
– J’en ai guéri dix! Et un seul est revenu?
Et qui était-il? Un étranger, un non-juif.
– Mais où sont les neuf autres? Où sont-ils partis?
Ils ne revinrent pas remercier Dieu.
Je ne veux pas vous assommer plus longtemps, mais j’insiste sur la nécessité de rendre grâces à Dieu. Car il s’agit de la clé importante dans notre vie spirituelle. Depuis toutes ces années que je vous parle, vous n’avez jamais entendu que je vous enseignait quand manger des aliments avec de l’huile végétale, quand manger sans huile, quand manger des fruits de mer, quand manger du poisson. Tout cela fait partie du cadre extérieur. Oui, nous respecterons tout cela, nous devons observer le jeûne; il s’agit d’une forme qui protège l’essence. Mais ce dont je veux vous parler, ce sont des clefs de la vie spirituelle. Pourquoi ? Parce que, malheureusement, nous avons appris à observer seulement la forme, et il est déplorable que nous soyons depuis tant d’années dans l’Église et que nous n’ayons pas encore acquis les traits et les caractéristiques de l’homme de Dieu, et nous ne sommes pas semblables à notre Père. Si nous sommes les enfants de notre Père Céleste, alors comment se fait-il que nous soyons si différents de Lui? Dieu est Lumière, et Il dit : «Je fais toutes choses nouvelles»(Apoc.21,5). Dieu vit dans l’inaccessible lumière, Il est lumière, amour, paix, Il donne la joie, la gratitude. «Rendez grâces pour tout» (1Thes.5,18), dit l’Apôtre.
L’essence de l’Église, c’est la Sainte Eucharistie, et elle nous appelle instamment à remercier le Seigneur, Qui nous donne pareille grâce, pareille liberté. Nous sommes les enfants libres de Dieu. Aujourd’hui, tout le monde parle de liberté, de joie. Mais où trouver tout cela sinon dans l’Église? Est-il possible que l’homme de Dieu n’ait pas la joie, ni la gratitude, ni la paix? Cela veut dire qu’il se passe quelque chose, cela signifie que sa vie spirituelle a été jusqu’ici insatisfaisante. On ne peut manger une nourriture trop salée. Il se passe la même chose avec nous. Nous sommes tous ici des gens relativement liés à l’Église. Que chacun s’observe soi-même, plutôt que de scruter les autres, pour trouver ce qui nous manque le plus et quelle image nous offrons aux autres. Quelle est cette image? L’image du Règne de Dieu venu sur terre et montrant que l’Église du Christ est l’espoir du monde. Les gens nous demandent:
– Mais où est cet espoir? Qui incarne cet espoir? Si nous sommes des gens tellement difficiles et ingrats, comment pourrions-nous donner espoir aux autres? Avec des paroles? Non.
Nous devrons répondre devant Dieu non seulement de ce qui nous a perdu, mais aussi de ce que nous avons piétiné devant les autres cette image de Dieu. Nous devons réellement être tels que la ville dont parle le Christ: «Une ville située sur une montagne ne peut être cachée …elle éclaire tous ceux qui sont dans la maison»(Mat.5,14).
Permettons à Dieu d’agir en nous et reconnaissons ce secret de la gratitude. Rendons dignement et justement grâces au Christ. Pourquoi et quand? Quand notre cœur commencera à penser d’abord aux choses célestes et non aux choses terrestres. Nous devons rendre grâces à Dieu pour tous les grands dons spirituels qu’Il nous a donnés, et ensuite Le remercier pour tous les biens terrestres. Alors la gratitude transfigurera notre caractère.
Traduit du russe
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