Starets Élie. L’éternité, on n’y échappera pas.

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Le Starets Élie (Nozdrine), Archimandrite du grand schème, est né en 1932. Il commença à prier à l’âge de trois ans. Après avoir terminé l’Académie de Théologie, il entra, en 1966 dans la communauté monastique de la Laure des Grottes de Pskov, à partir de 1976, il séjourna sur la Sainte Montagne, et à la fin des années ’80, il contribua à la renaissance du Monastère d’Optina, et il en encore le père spirituel et est le confesseur de Sa Sainteté le Patriarche Kyrill.
En mai 1966, le Hiérodiacre Élie (Nozdrine) fut ordonné hiéromoine. Le 21 mai 2016 s’est déroulée la chirotonie des cinquante années de prêtrise du confesseur de Sa Sainteté le Patriarche Kyrill, l’Archimandrite du Grand Schème Élie. A l’occasion de son jubilé, le Père Élie a répondu aux questions des lecteurs du portail informatique Rublev.com. Le texte de cet entretien a été reproduit le 23 mai 2016 sur le site Pravoslavie.ru.

Père Élie, comment l’homme contemporain doit-il mener sa vie afin de sauver son âme et d’éviter les querelles avec autrui?
Avant tout, chacun doit se souvenir de l’essence de notre vie, comprendre notre foi orthodoxe. Et il faut admettre la proposition axiomatique : le Seigneur est, et notre Église Orthodoxe est. La loi de notre vie, la loi écrite, c’est la Sainte Écriture, et particulièrement le Nouveau Testament (les Évangiles, les Épîtres des Apôtres). C’est le Nouveau Testament qui fournit à notre sainte Église le fondement de notre foi et ses enseignements. Il y a également la Tradition, mais c’est une partie moins importante ; la partie fondamentale, c’est le Nouveau Testament. Et c’est vraiment au moyen de ce Nouveau Testament que nous devons diriger notre vie. Nous devons avoir la foi et participer à la vie de notre Église et observer ses règles. Qu’est-ce que cela signifie? Cela veut dire que nous devons aspirer à comprendre l’Église Orthodoxe, sa vie, son histoire, son essence. Malheureusement, bien souvent, elle nous manque, cette compréhension du sens de la vie. Son sens fondamental, c’est que nous vivions avec Dieu, selon les règles de l’Église. Et comment l’Église vit-elle? l’Église incarne notre idéal dogmatique chrétien. Comme dit le Seigneur : «Cherchez avant toute chose le Royaume des Cieux et Sa vérité». Lire la Suite

Il conversait avec les anges et voyait les démons. A la mémoire du Starets Adrian (Kirsanov).(1/2)

Texte écrit par Madame Olga Orlova, à l’occasion du quarantième jour après que l’archimandrite Adrian (Kirsanov), starets de la Laure des Grottes de Pskov, eût quitté les chemins de cette terre pour rejoindre ceux du Ciel. Le texte a été publié le 6 juin 2018 sur le site Pravoslavie.ru. Plutôt que de se limiter à l’énumération de souvenirs de ce héros de l’ascèse, Madame Orlova a décidé d’introduire une dimension pratique: comment s’adresse-t-on à un starets, qu’est-ce qu’il faut pour que le Seigneur manifeste un starets et finalement, comment mener notre lutte à l’aide de leur souvenir? Et le sous-titre du texte pourrait être cet extrait: «C’est regrettable, mais les startsy s’en vont….»

C’est en imitant un saint qu’on le vénère
Saint Jean Chrysostome

Comment nos startsy devenaient des startsy, par Vladika Tikhon, Métropolite de Novosibirsk et Berdsk

Métropolite Tikhon

Alors qu’il faisait encore partie de la communauté de la Laure de la Trinité Saint Serge, le Père Adrian, avec la bénédiction du Père Spirituel de la Fraternité, le Starets Kyrill (Pavlov) exorcisait les possédés.
Ooh, je me souviens, nous étions allés à la Laure, avec ma Grand-Mère Ekatarina Stephanovna, et une de mes sœurs. Pour la première fois, je vis comment le Père Adrian exorcisait. Nous étions entrés au sous-sol de l’église principale de la Dormition. Et ce qui se passa, là, bonne mère!!! Des aboiements, des jurons… Nous nous tenions éloignés de côté, demeurant debout pour parer à toute éventualité.
En 1947, dix ans après être allé pour la première fois à la Laure, j’y retournai, car je faisais mon entrée au Séminaire de Théologie de Moscou. Je me souviens comme nous, les séminaristes, attendions, après l’office, ou même après le repas communautaire, le Père Archimandrite Cyrille et Batiouchka Adrian. Ils étaient liés, quelque chose les attachait l’un à l’autre; souvent on les voyait ensemble («Avec celui qui est pur tu te montres pur» Ps.17,26). On dit «Ne cherchez pas les saints, cherchez les doux». Ces startsy avaient une telle attitude, une simplicité d’âme, l’amour d’autrui. Et pourtant, comme le Père Cyrille et bien-sûr le Père Adrian étaient-ils alors startsy? Ils avaient tout au plus la cinquantaine. Mais dans la mesure où j’étais moi-même très jeune à l’époque, ils faisaient figure, pour moi, de vieillards pétris de sagesse, des guerriers du Christ expérimentés.
Ils étaient exigeants, tout d’abord vis-à-vis d’eux-mêmes. Ils s’imposaient des limites en toutes choses. Ils se faisaient violence. «Le Royaume des cieux est forcé, et ce sont les violents qui s’en emparent» (Mt.11,12). L’ascèse purifie le cœur, alors l’homme atteint un état dépourvu de passion, et dans un cœur libéré du mal, descend la grâce. Que dit le Christ aux Apôtres lors de Ses «Paroles d’Adieu» (J.13,31;16,33) ?Déjà vous êtes purs, à cause de la parole que je vous ai annoncée (J.15,3). Il faut lire en permanence la Sainte Écriture; cela distinguait le Starets Kyrill et le Starets Adrian de maints autres. C’est précisément de ceux qui son purifiés par le Verbe auxquels le Seigneur commande: Restez dans la ville de Jérusalem (Lc. 24,29), avec la promesse: Vous serez revêtus de la puissance d’En-Haut (Lc.24,49).

Starets Adrian

Le Saint Evêque Ignace Briantchaninov qualifiait «d’êtres spirituels» ceux seulement qui avaient traversé l’expérience du renouvellement par l’Esprit Saint. Car c’est alors seulement que commence la prière authentique, la croissance et le succès spirituel. Pourquoi les startsy (ou ceux qui sont en devenir) mènent-il une ascèse spirituelle permanente? Parce que la moindre faiblesse, quelle que soit la hauteur à laquelle on se situe déjà, provoque la chute! Et sous la guidance de ceux qui sont expérimentés, les pères intensifient petit à petit leur podvig. Alors, dans leur lutte intérieure, ils réalisent que plus grand est le podvig, plus grande sera la grâce, au plus près de Dieu ils se trouveront. C’est un péché que d’aimer la robustesse du corps. L’ennemi va s’efforcer de nous inciter à vouloir manger des aliments savoureux, et puis à prendre du repos, etc… Mais l’exigence vis-à-vis de soi-même, la sévérité, les veilles prolongées, l’abstinence, la vigilance envers soi, font fuir les démons et les passions. Ce sont précisément ces qualités qui caractérisent les startsy. Tout le reste est donné par Dieu; il s’agit des fruits du podvig. Comme il est écrit: «Grâce pour grâce» (Je.1,16). Les héros de l’ascèse, leur force augmente pendant la marche, (Ps.83.8) le mystère du monde spirituel s’ouvre à eux.
Le Père Adrian conversait avec les anges et voyait les démons. Il existe une vidéo sur laquelle on le voit lui-même racontant comment, alors qu’il vit soudain un jour un démon qui rôdait, il pensa, dans sa grande simplicité : «Sans doute, le Seigneur les envoie-t-Il encore ici pour qu’ils puissent se repentir…» La qualité des âmes pures consiste à plaindre tout le monde. Mais cette fois-là, il reçut un grand coup et tout fut secoué dans la cellule. Voilà à quel point le démon haïssait pareille pensée. Alexis Kirsanov, le futur Père Adrian, tout jeune encore, vit les tréfonds de l’enfer, que lui indiquait la houlette de l’Archistratège Mikhaïl, et où seraient engloutis les athées, ceux qui pendant l’époque soviétique fermèrent les églises et les monastères, massacrant les moines, les prêtres et les diacres, et les fidèles. Et peut-être que nombreux simples collaborateurs aveuglés y tomberont aussi… Vers la fin de l’époque soviétique, en 1983, je me rendis au chevet de l’archiprêtre Alexis Demine, le confesseur de la cathédrale d’Eloxov. Je me souviens qu’il me raconta: «Le Seigneur m’a dévoilé le monde spirituel: je vois l’enfer, je vois le paradis, je sais ce qu’il y a dans le cœur de chacun. Quand je vais dans les transports, je ne regarde personne, tous les gens sont noirs. Mais quand je vais dans une église, je contemple les Orthodoxes, car c’est la beauté de Dieu». Les startsy voient la situation morale, la conscience des autres gens, parce que cela ne les affecte pas. Mais quand un pécheur a identifié chez un autre pécheur une quelconque passion, celle-ci commence à résonner, à trouver un écho; dans la paille qui est dans l’œil du voisin, nous voyons notre poutre (Mt.7,4-5), c’est-à-dire ces péchés, ces manifestations de l’existence en nous des passions, et en plus de cela, nous nous mettons à condamner et à nous sentir offensés. C’est pourquoi beaucoup de choses nous demeurent cachées, avant tout, à cause de notre indigence et notre impureté intérieures, afin que nous ne désespérions ni ne perdions courage. De la même manière, les pensées d’autrui nous demeurent cachées, sinon, nous courrions tout simplement à notre perte. Mais les startsy ne sont pas affectés par ce qui leur est révélé, car l’Esprit Saint Qui repose en eux, est impassible. Globalement, c’est dans le livre «Optina Pustin’ et son Temps» d’Ivan Mikhaïlovitch Kontsevitch que la nature et le fonctionnement du starets sont le mieux décrits. Il s’agit vraiment d’une lecture conseillée.
Je me rappelle encore d’un événement au Séminaire. Après avoir attendu que le Starets Adrian soit libéré de ses occupations, nous commençâmes notre entretien avec lui. Nous l’interrogeâmes: «Y aurait-il encore des persécutions? Comment les conditions de vie allaient-elles évoluer?» Pour sa part, il fut expulsé de la Laure. Au début, il lui fut interdit de pratiquer les exorcismes. Et puis, au bout de vingt-quatre heures, on lui donna l’ordre de débarrasser les lieux. C’était en 1947, je venais juste d’entrer au Séminaire. On expédia toutefois le Père Adrian à la Laure des Grottes de Pskov, «loin de la civilisation», comme on disait. Le Père Tikhon (Agrikov), l’auteur du remarquable libre «У Троицы окрыленные» fut au même moment chassé de la Laure de la Trinité Saint Serge. A l’époque ils étaient les deux startsy de la Laure les plus connus parmi le peuple.
Après l’expulsion du Père Tikhon, les autorités interdirent pendant sept ans que quiconque reçut ce nom lors de la tonsure. C’est seulement en 1981 que ce veto fut enfreint: pour moi, originaire de Voronège. Lors de ma tonsure monastique je reçus le nom du Saint Évêque Tikhon de Voronège. Oh oui, les autorités athées de ce temps-là craignaient jusque la simple mémoire de nos pères spirituels. Mais «toutes choses concourent au bien de ceux qui aiment Dieu»(Rom.8,28). Je me souviens comment chez nous, à la Laure, nos pères spirituels, Athanase (Alafinov) et Laurent (Postnikov) rivalisaient:
– Nous sommes en compétition pour la primauté: qui de nous occupera la première place de prédicateur.
– Et comment cela fonctionne-t-il? Comment allez-vous le savoir?, demandai-je.
– C’est tout simple: c’est celui qui sera convoqué le premier au KGB.

Tous nous pouvons, sinon exorciser, du moins éloigner les démons, ça, c’est sûr! Par le Starets Archimandrite du Grand Schème Élie (Nozdrine)

Starets Elie

Ahhh, que Dieu permette que tout un chacun puisse servir Dieu et vivre longuement comme le Père Adrian. J’ai rencontré pour la première fois le Père Adrian à la Laure des Grottes de Pskov dès qu’il fut transféré de la Laure de la Trinité Saint Serge. Nous nous sommes côtoyés pendant deux ans, jusqu’à ce qu’on m’envoyât au Mont Athos, en 1976. Il m’arrivait de me confesser auprès du Père Adrian, et d’assister à certaines séances de «purification». Après, il subissait la vicieuse vengeance des démons qu’il avait expulsés. Son podvig était si pénible… pour l’amour du prochain, il endurait toute cette malice satanique. Les démons reviennent chez ceux qui ne se repentent pas. C’est écrit. Lisez par exemple le livre de l’Higoumène Marc :«Les esprits mauvais et leur influence sur les gens». Mais les démons, les esprits mauvais, peuvent essayer tant qu’ils le veulent de causer du mal aux gens, ils ne peuvent rien faire sans que Dieu ne les y autorise. Sans cela, ils asserviraient tout le monde. Et il n’y a rien d’étonnant à ce que le Père Adrian parlait avec les anges. Notre Ange-Gardien se tient à côté de chacun d’entre nous. Et quand tu écris tes articles, qui te guide? Un Ange! Il faut être humble, vivre dans la prière, pour que les anges entendent et voient. Tous, nous respirons de l’air, mais le voyons-nous? Il en va de même avec les anges : ils sont invisibles et nécessaires.
Comment devient-on starets? On devient un petit vieux et voilà, on est starets. Jadis, il en allait ainsi dans la majorité des cas. Mais comme on a commencé à semer l’athéisme, beaucoup sont devenus possédés, tant les vieux que les jeunes. De toutes nos forces, nous devons essayer de vivre avec Dieu, d’accomplir la volonté de Dieu. Fût-ce un peu, le matin, le soir, avant les repas, avant d’entreprendre toute chose, prions, afin que tout se fasse avec la bénédiction de Dieu! Il faut aller à l’église, se marier, baptiser les enfants et les éduquer dans la foi: les startsy apparaîtront. Tous, nous pouvons, sinon exorciser, du moins, chasser les démons; cela ne fait aucun doute. Lève-toi, prie et le démon sortira. Confesse-toi de tout ton cœur et ils n’auront aucun pouvoir sur toi. Reçois les Saints Dons et tu seras avec Dieu. Les démons, ce sont des bandits, ils volent ce qui leur est accessible. Garde-toi par le signe de la Croix; ils en ont peur, ils ne viendront pas. Sans cesse le diable fait la guerre à Dieu et à l’homme. Il ne veut pas que les gens soient sauvés. Les démons sont rusés et débrouillards. Il ne faut rien avoir en commun avec eux. Il convient de vivre dans la justice, selon la loi de l’Évangile, afin que la grâce ne s’amenuise. (A suivre)

Traduit du russe. L’ensemble des photos provient de la source originale :
Source

Batiouchka Dyonisy. Vivre sous la bénédiction du Starets Elie (2/2)

Le texte russe original de la traduction ci-dessous fut publié le 17 novembre 2017 sur la page VK de l’écrivain russe Olga Rojniova, auteur régulier du site Pravoslavie.ru, et intitulé:«Le miracle principal». Madame Rojniova s’entretient avec le Prêtre Dionysy Kouvaev, recteur de l’église de la Théophanie, à Kozelsk. Cet entretien décrit comment le Seigneur, à travers des événements extraordinaires et providentiels, a appelé toute la famille Kouvaev au service de l’Église, soit dans le sacerdoce, soit dans le monachisme. Il précise également les connaissances que le Starets Elie (Nozdrine) considère les plus importantes dans la vie, il montre en quoi consiste la force du starets, pourquoi la clairvoyance n’est pas un tour de magie permettant de voir, mais aussi, comment par l’intervention de la Providence divine une immense église fut érigée dans un village niché à côté du Monastère d’Optino Poustine, et enfin, pourquoi le starets donna à matouchka sa bénédiction afin qu’elle subisse une opération qui n’était pas planifiée.

– Père Dionysy, la vie de quasiment tous les membres de votre famille est liée au service de l’Église Orthodoxe, dans le monachisme ou dans le sacerdoce pastoral…

Monastère de Chamordino

– Effectivement, ma grand-mère a reçu la tonsure monastique à Chamordino, en l’an 2000. Par la bénédiction de notre starets, Maman Maria, la fille de celle-ci, est moniale et son fils est le Père Dimitri, prêtre au village de Podborki, et deux fois par semaine, à Chamordino, où notre grand-mère a mené son exploit ascétique pendant quinze ans avant de retourner vers le Seigneur. Mon jeune frère est hypodiacre auprès de l’Évêque d’Ostrogojski et Rossochanski. Et on peut encore ajouté que le Starets Élie appelle mon frère ‘moine’ depuis qu’il a sept ans. Quant à moi, le starets m’a parlé de ma voie à l’époque de mon entrée au séminaire. Déjà alors, il savait quel chemin m’attendait, moine ou famille. Lire la Suite

Batiouchka Dyonisy. Vivre sous la bénédiction du Starets Élie (1/2)

Madame Rojniova

Le texte russe original de la traduction ci-dessous fut publié le 17 novembre 2017 sur la page VK de l’écrivain russe Olga Rojniova, auteur régulier du site Pravoslavie.ru, et intitulé:«Le miracle principal». Madame Rojniova s’entretient avec le Prêtre Dionysy Kouvaev, recteur de l’église de la Théophanie, à Kozelsk. Cet entretien décrit comment le Seigneur, à travers des événements extraordinaires et providentiels, a appelé toute la famille Kouvaev au service de l’Église, soit dans le sacerdoce, soit dans le monachisme. Il précise également les connaissances que le Starets Elie (Nozdrine) considère les plus importantes dans la vie, il montre en quoi consiste la force du starets, pourquoi la clairvoyance n’est pas un tour de magie permettant de voir, mais aussi, comment par l’intervention de la Providence divine une immense église fut érigée dans un village niché à côté du Monastère d’Optino Poustin’, et enfin, pourquoi le starets donna à matouchka sa bénédiction afin qu’elle subisse une opération qui n’était pas planifiée.

Père Dionysy, la Providence divine agit dans la vie de chacun, parfois de façon cachée, mais parfois, certains signes se manifestent ouvertement, ou des rencontres significatives, ou à travers des paroles lourdes de sens. Dans votre vie, de tels signes se manifestèrent-ils?

Batiouchka Dyonisy en famille

Oui, incontestablement. Je pense que chaque homme, chaque femme, peut voir et remarquer la Providence divine, pour autant que ces derniers le souhaitent. Le Seigneur nous entoure en permanence de Sa Providence, Il nous guide dans notre vie. Et si on ne s’en rend pas compte, c’est parque qu’on ne veut pas le savoir… Comment ma famille et moi-même avons-nous pris conscience de la Providence divine? Il fut un temps où nous nous tenions loin de la foi… Mais même si l’homme ne connaît pas Dieu, il arrive un moment où le Seigneur Se découvre à lui, Il l’appelle. Ce ne fut pas moi qui choisis, mais moi qui fut choisi (Je.15,16). Car il est possible que nous ne Le connaissions pas, mais il n’est pas un instant où Il ne nous connaisse. Lire la Suite

Starets Élie. La Renaissance d’Optina est due aux prières.

Photo : Ruskline.ru

Le 22 janvier 2018, l’Archimandrite Venedikt (Penkov), Supérieur d’«Optina Poustine»1 depuis 1990, s’en est allé vers le Seigneur. Mémoire éternelle et «Царствие небесное!» (On notera que le Starets Kyrill (Pavlov)2 et le Starets Naum (Baïborodine), tous deux Pères spirituels et confesseurs à la Laure de la Trinité Saint Serge sont décédés respectivement le 20 février 2017 et le 13 octobre 2017, et que le Starets Alexandre, Higoumène du Monastère de la Dormition de Tikhvine, s’en est allé vers la paix éternelle à l’âge de 90 ans, le 26 avril 2017. Et le Starets Adrian (Kirsanov de la Laure des Grottes de Pskov est décédé le 30 avril 2018 à 97 ans. Le peuple orthodoxe de Russie a perdu en moins d’un ans cinq très grands startsy auprès desquels il ne cessait d’affluer, à la recherche de la consolation et de la guérison).  Dans le texte ci-dessous, le Starets Élie (Nozdrine) (aujourd’hui dans sa 87e année), qui fut rappelé de la Sainte Montagne dans les années ’80 pour devenir père spirituel et confesseur de la Communauté du Désert d’Optina, évoque les débuts de la renaissance de ce monastère d’exception. Ce texte fut publié à l’origine dans le Magazine Pokrov, et repris sur le site Pravoslavie.ru le 29 février 2016.

L’Histoire du «Désert d’Optina» est connue de tous; il connut son âge d’or au XIXe siècle, lorsqu’il fut l’arène où les grands starets d’Optina réalisaient leurs exploits ascétiques: Nectaire, Macaire, Ambroise. Ce dernier, tout particulièrement, éleva Optina à un niveau de vie spirituelle et à une puissance d’attraction des âmes des fidèles pareils à ceux des monastères de Saint Serge de Radonège et de Saint Seraphim de Sarov.
Le peuple russe vénère et aime particulièrement le monachisme; il est attiré par ces oasis spirituelles où il puise une expérience marquée par la grâce. D’autant plus aujourd’hui, alors que la vie est saturée de tant d’anxiétés, de tentations et de peines. Où aller, après la Laure de la Trinité Saint Serge? Au XIXe siècle, Optina accueillit de nombreux visiteurs. Les starets de ce siècle n’étaient pas, comme les héros de l’ascèse de jadis, séparés du monde par les murs de la clôture monacale. Et dans l’agitation maussade d’un mode de vie délétère, surtout dans les villes, les âmes aspiraient à un pareil terreau spirituel, afin de confesser leurs péchés et de se remplir de joie et de paix.
Non seulement s’y pressaient des gens du peuple, mais des personnalités du monde d’une haute éducation et formation artistiques, comme Dostoïevski, Gogol et Tolstoï, ne voyaient pas d’objection à venir participer à ce festin spirituel. La sœur de Léon Tolstoï, Maria, menait son combat ascétique à Chamordino, où le Starets Ambroise venait de fonder une communauté monastique de femmes. Quand Tolstoï allait saluer sa sœur, il passait par Optina, mais il n’écouta pas la voix de la confession orthodoxe, il ne se rangea pas aux conseils du Starets Ambroise, qui s’entretenait avec lui et voulait sauver son âme. Le mental arrogant du Comte ne cherchait que le rationnel. Ce fut la maladie de tout le XXe siècle. Plus tard, quand on eût saccagé Optina, dans l’église de Saint Jean le Précurseur, on installa un musée Léon Tolstoï, dont le buste trônait au centre, à la place de l’analoï. L’apostasie, la destruction des communautés et des églises et la profanation des objets sacrés se retourna contre la Russie sous la forme de l’attaque d’Hitler, que le Seigneur choisit d’utiliser comme instrument. Et combien souffrirent et moururent en martyrs dans le berceau de la révolution? Huit cent milles, dont mon père, rien que dans le golodomor.
Tant que les monastères existaient, les starets d’Optina réalisaient leurs exploits ascétiques dans la skite et le désert; ils priaient et protégeaient ceux-ci de tout mal. Mais quand cesse la prière et la vie en Christ, l’existence commence à se figer. Et ainsi, elle se figea, se rétracta. Le communisme sema l’infection athée. Il ne restait plus guère de croyants. Et la vie en Russie s’atrophia. Jadis, on avait des milliers de monastères, les gens priaient, vivaient pieusement. Chaque bonne action, et d’autant plus la prière, a une signification non seulement individuelle, pour toi, mais sociale, et cosmique. Pas seulement la prière du moine ou du starets, celle de tout homme. N’importe quelle grand-mère ignorée de tous peut être si proche de Dieu et sa prière si vivante et puissante que Dieu s’attendrit et vivifie le monde. Optina fut dévasté à l’époque soviétique. Tous ceux entre les mains desquels tombait un livre des starets implorait le Seigneur, avec force soupirs, de faire renaître la communauté. En 1987, le monastère fut rendu à l’Église Orthodoxe de Russie. C’était un tableau effroyable qui occasionna beaucoup de peine à tous ceux qui aiment le Seigneur, et qui vénèrent Ses sanctuaires en leur cœur. Églises détruites, tombes des starets profanées… Le Seigneur Lui-même convia à faire renaître le monastère. Le processus démarra subitement, avec l’arrivée de l’Archimandrite Euloge (Smirnov. En 1988, il fut désigné en qualité de supérieur du Désert d’Optina. Il est maintenant Évêque de Sousdal. N.d.l.Réd.). Plein de ferveur, il releva la vie spirituelle et restaura les bâtiments. Vladika s’employa avec zèle à faire renaître la vie spirituelle du monastère. Les offices étaient très longs. Lui-même ne manquait jamais aucun office, depuis celui du milieu de la nuit jusqu’à celui des complies, sous aucun prétexte. Et il célébrait lui-même la liturgie. Les premiers offices furent célébrés dans l’église de l’icône de la Mère de Dieu de Vladimir, située dans le bâtiment d’entrée. Bien que celui-ci eût été démoli jusqu’aux fondations, on commença à le reconstruire rempli d’un fort espoir, signe de ce que la Très Sainte Mère de Dieu participait à la restauration du monastère. Le 3 juin 1988, jour de la fête de l’icône de la Mère de Dieu de Vladimir, on y célébra la première liturgie. On ne parvint pas à faire entrer tous les participants dans l’église; il y faisait étroit, même pour les frères et novices encore peu nombreux. Beaucoup durent rester dans la cour.

Optina Église de l’Entrée de la Mère de Dieu au Temple

Après commença la restauration de l’église de l’Entrée au Temple de la Mère de Dieu, l’église principale du monastère. Ses murs tenaient encore, mais complètement défigurés, et le sol était jonchés de pièces et morceaux de machines agricoles. De l’église de Kazan, il ne demeurait également que les murs. Elle était dans un était effrayant. Un orifice béait dans le mur Est, celui du sanctuaire. C’est par là que les voitures entraient, quand une manière de toit existait encore. On y avait jeté toutes sortes de fûts dégoûtants et d’autres objets. Avant le transfert de propriété du monastère à l’Église, c’est l’école d’agriculture de Kozelsk qui en disposait. A l’époque du transfert, on voyait encore des élèves dans tous les coins. Des civils vivaient là. Autour du monastère, on avait construit un amoncellement de bâtiments agricoles, des entrepôts et des poulaillers. Ce ne fut pas une mince affaire que de nettoyer tout ça. C’est à grand peine qu’on convainquit les habitants à déménager au-delà des saintes portes du monastère. Une route passait dans le monastère, et le trafic l’empruntait. Un jour, Vladika Euloge ferma le passage à cette succession incessante de véhicules, pour que la communauté dispose de son propre espace fermé. Mais pendant la nuit, les habitants vinrent scier le cadenas. On leur construisit une résidence; certains acceptèrent d’y emménager, d’autres achetèrent un logement, mais certains demeurèrent dans la skite exigeant de pouvoir y occuper un appartement.
De nombreux croyants, pauvres, apportèrent leurs oboles, qui permirent de joindre les deux bouts. Il fallait reconstruire tout le monastère. On trouva des maçons, des artisans; on les paya pour leur travail. Le Seigneur envoya des bienfaiteurs. Toujours, le monastère disposa de ce dont il avait besoin. Pour faire renaître la skite, il fallut racheter la chaumière qu’avait habitée Saint Ambroise d’Optina, et payer la somme réclamée par son nouveau propriétaire, ce qui fut fait. Au bout de deux jours, il a ramené l’argent. Il avait en songe entendu une voix lui dire: «Recompte l’argent». Il compta à nouveau et constata que c’était beaucoup plus que ce qu’il avait réclamé. Le Seigneur est bienveillant; en toutes choses, Il s’empresse d’aider les frères, qui ont pu trouver les gens qui les aideraient, financièrement, et aussi concrètement.
Et la renaissance a eu lieu; ce fut un miracle. Aujourd’hui, des milliers de pèlerins viennent à Optina, y trouvent la consolation et la joie, dans la prière, en se tenant devant Dieu pendant les offices, en vénérant les saintes reliques. Le monastère n’est, peut-être, pas encore idéalement aménager, aujourd’hui. De nombreux travaux sont toujours en cours, et les pères sont en permanence au bord de l’exténuation. Mais les gens affluent. Le Seigneur a dit: «Là où deux ou trois sont assemblés en mon nom, je suis au milieu d’eux» (Mat.18,20). C’est d’autant plus le cas lorsqu’à Optino, des milliers de pèlerins se rassemblent pour les fêtes ou pour Pâques.
En 1993, à Pâques, trois frères d’Optina moururent en martyrs, le hiéromoine Vassili et les moines Théraponte et Trophime. Voici ce que j’en sais et ce que j’ai vu.
Il est sûr que ce fut un meurtre commandé, et préparé spécifiquement dans le but d’empêcher la renaissance du Désert d’Optina. Ils étaient nombreux pour cette abomination, ils cassaient les éclairages et envoyaient des pierres dans les fenêtres. Ce meurtre était une mission. Quelqu’un doit avoir payé pour qu’il soit commis.
Cette atrocité a été intentionnellement perpétrée à Pâques, afin d’enténébrer la joie de la fête. C’était déjà comme ça avant, particulièrement pendant les premières années qui suivirent la révolution. Avant les grandes fêtes, la voyouterie allait bon train autour des églises. Quand j’étais à Saratov, ils ont lancé des fumigènes dans la Cathédrale de la Trinité. Les jeunes étaient empêchés d’aller à l’église, pour qu’ils perdent la foi. Comme cette fois-là: le meurtre devait servir à détourner de la perfection de la voie monastique ceux qui sont en chemin dans la foi chrétienne. L’office du milieu de la nuit était terminé. On se préparait déjà aux matines et à la liturgie de la fête. Le Hiéromoine Vassili partit confesser à la skite du Saint Précurseur. Les moines Trophime et Théraponte avaient commencé à mettre en branle les cloches du monastère. Le meurtrier était ivre. Il a vivement mené son affaire. D’abord, il a tué au couteau les moines qui sonnaient, ensuite il s’est jeté sur le Père Vassili. Une femme a raconté qu’elle avait vu une bête s’écarter des victimes en courant et franchir le mur de clôture du monastère. Les corps des moines Trophime et Théraponte furent transportés à Kozelsk. Le Père Vassili, mourant, fut amené dans l’église de l’Entrée au Temple, où il gisait sur le sol, se vidant de son sang. Son état n’avait rien à voir avec le tragique effroi d’une fin inattendue. Son visage était très calme. Il ne gémissait pas, faisant tout juste comprendre, comme le font les enfants, qu’il souffrait. Je le vis mourir; son visage rayonnait de paix. Il est évident que le hiéromoine Vassili avait été choisi comme victime par les meurtriers. Mais pour Trophime et Théraponte, la mort n’était pas non plus inattendue; elle ne prit aucun des trois moines au dépourvu. Après la nuit pascale, élevant leur prière, et appelant à prier pour la paix, ils s’en allèrent calmement. Nous avons demandé à la morgue de Kozelsk d’épargner aux corps des moines Trophime et Théraponte, la procédure de l’autopsie. Nous avons ensuite inhumé nos frères. Humainement, ce fut un moment particulièrement pénible dans l’histoire d’Optina. Comment est-il possible d’élever la mains sur un frère? Pourquoi avoir assassiné des moines? Ils n’avaient jamais levé le petit doigt sur qui que ce fût. Ils ne pratiquaient que les bonnes actions. C’est sûr que cette atrocité était dirigée contre tout le monastère, avec comme objectif de faire éclater la famille de la communauté spirituelle: certains ne résisteraient pas, d’autres renonceraient à rejoindre la communauté, d’autres partiraient. C’était cela, le plan de cette attaque démoniaque contre le mode de vie institué par Dieu. Voilà comment se trahit le dessein envieux du diable envers ceux qui cherchent le salut, la haine démoniaque de ceux qui marchent à la suite du Christ. Nous avons érigé une chapelle sur la tombe des victimes de ce triple meurtre; ce sont des martyrs. Les gens viennent à la tombe des frères, ils leur parlent et leur demandent d’intercéder, et ces gens sentent l’aide de la prière des martyrs. Leur âme se tient auprès de Dieu. «Éternelle Mémoire et Royaume des Cieux!» au hiéromoine Vassili et au moine Trophime et au moine Théraponte.
Traduit du russe
Source.

Starets Élie. Le Tsar, les bandits, la foi, le jeûne.

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Le Starets Élie (Nozdrine), Archimandrite du grand schème, est né en 1932. Il commença à prier à l’âge de trois ans. Après avoir terminé l’Académie de Théologie, il entra, en 1966 dans la communauté monastique de la Laure des Grottes de Pskov, à partir de 1976, il séjourna sur la Sainte Montagne, et à la fin des années ’80, il contribua à la renaissance du Monastère d’Optina, et il en encore  le père spirituel et est le confesseur de Sa Sainteté le Patriarche Kyrill.
La version originale russe du texte traduit ci-dessous fut publiée le 16 mars 2017 sur le site de la chaîne de télévision russe «Tsargrad», (et repris ensuite sur le site Pravoslavie.ru). «Le jour du centième anniversaire du renversement de la monarchie en Russie, Tsargrad s’est entretenu de cette date lugubre avec l’Archimandrite du Grand Schème Élie (Nozdrine, l’un des starets les plus vénérés de notre époque, et confesseur du Patriarche de Moscou et de Toutes les Russie».

Aujourd’hui, le 15 mars, c’est le centième anniversaire du jour où Nicolas II «abdiqua» son trône. Que représente cet événement pour vous, et que représente la révolution de février?
Le pays était tellement colossal et si riche, comme les gens qu’il produisit; pendant des siècles, la Terre de Russie donna naissance à ses propres Platons, à ses Newtons à l’esprit vif, à ses grands chefs d’armées, ses grands savants, ses grands inventeurs. Ce qu’il advint finalement de la Russie est évidemment effroyable. Ce fut, on peut le dire, un immense malheur pour la Russie. Il coûta la vie à des millions, non pas des dizaines ou des centaines ou des milliers, mais bien une centaine de millions de victimes, d’hommes dont il priva la Russie. Lire la Suite