Le site russe Pravmir a repris dans ses pages anglaises le texte ci-dessous du Père Thaddaeus Hardenbrook publié dans le bulletin «The Grapevine» du 13 janvier 2017, de la paroisse Saint Lawrence de Felton (Archévêché Grec Orthodoxe d’Amérique).

Un jour de cette semaine, au plus fort de la tempête, je rentrai à la maison et me débarrassai de mes vêtements de pluie. De ma place dans la salle à manger, j’apercevais les torrents d’eau qui dévalaient la colline et, débordant les buses de franchissement incapables d’absorber de telles quantités, surmontaient la digue de sacs de sable. Dans tous les coins, on fermait les routes, coupées par des coulées de boue. Dans les écoles, les cours étaient suspendus. L’électricité, elle, fonctionnait, mais combien de temps encore…
Je détournai mon regard de la fenêtre, et il se posa sur l’icône de Saint Seraphim de Sarov. Je me souvins que sa relique allait être exposée, le dimanche, à l’occasion de sa fête. Comme rien ne me pressait, je tirai de la bibliothèque le livre de sa vie, et je l’ouvris, providentiellement, sur ce passage:
« A l’âge de dix ans, il tomba sérieusement malade. Pendant sa maladie, au cours de son sommeil, il vit la Mère de Dieu, qui promit de le guérir. Quelques jours plus tard, une procession parcourut la ville, emmenant pour qu’elle fût vénérée, une icône miraculeuse de la Mère de Dieu. A cause du mauvais temps, le trajet de la procession fut réduit et modifié, et de ce fait, il passa devant la maison du futur Saint Seraphim. La mère sortit le petit garçon et le porta auprès de l’icône pour qu’il la vénère;suite à quoi, il fut guéri.»
En vérité, «Toutes choses concourent au bien de ceux qui aiment Dieu » (Rom. 8,28), même les intempéries. Le climat fait partie de la création, et donc, il porte la marque de la déchéance, comme vous et moi. A certains moments, il se comporte décemment, à d’autres, il pousse des crises et se livre à des excès incompréhensibles. Quand il est paisible, c’est un délice pour tout un chacun, mais sitôt qu’il s’assombrit et se charge de nuages, il peut causer des dégâts inattendus et durables.
Que pouvons-nous apprendre des intempéries ? La patience, en attendant que revienne l’électricité, en colmatant les fissures, en nettoyant la boue du revêtement de sol, et dans laquelle ont pataugé les enfants, ainsi qu’une kyrielle d’autres nuisances. La paix, en conduisant plus lentement pour plus de sécurité, en allumant un cierge, en s’asseyant tranquillement dans le noir avec une boisson chaude, en priant avec foi et confiance pour tout ce que nous ne pouvons contrôler. La simplicité, car merveilleusement libres de toute technologie pour quelques heures, nous pouvons jouer à un jeu de société avec la famille, les amis, communiquer plus intensément sans être distrait. Mais avant tout, le mauvais temps nous rappelle que nous ne sommes pas Dieu et qu’il est absurde de vouloir imposer notre volonté à tout ce qui nous entoure, de vouloir que tout soit ‘comme je veux’. Le déchaînement des intempéries nous rappelle (pour autant que nous soyons prêts à l’admettre) que nos plans et projets dans la vie sont surtout ridicules lorsqu’ils n’ont pas pour objet d’être les plans et la volonté de Dieu. Saint Seraphim nous dit :
«Si un homme n’est pas excessivement centré sur lui-même, s’il dirige son amour vers Dieu, s’il accomplit des actes vertueux, il sait que Dieu prendra soin de lui ; il sait que son espoir est vrai et sage. Mais si quelqu’un place tous ses espoirs en ses propres œuvres et se tourne vers Dieu seulement quand l’infortune l’assaille, alors, son espoir est faible et chancelant. Le véritable espoir est placé dans le Règne de Dieu ; il assure que tout ce qui est nécessaire à cette vie mortelle sera accordé. Le cœur ne peut connaître la paix tant qu’il n’a acquis cet espoir, car celui-ci pacifie le cœur et l’emplit de joie.»
Et comment savons-nous si nous sommes excessivement centrés sur nous-mêmes ?
«Les hommes qui ne comptent que sur eux-mêmes s’affligent lors d’erreurs, ils s’adressent des reproches, des réprimandes. Ils pensent : ‘Je ferai ceci et cela et les conséquences de ma faute seront effacées et je serai bien, une fois encore’. Il s’agit d’un signe  de ce qu’avant cette faute, ils plaçaient leur confiance en eux-mêmes plutôt qu’en Dieu. Au plus profonde est leur affliction, au plus ils sont inconsolables, au plus cela montre qu’ils comptaient beaucoup trop sur eux-mêmes et pas assez sur Dieu. La tristesse générée par la faute n’est mitigée par aucun réconfort. Quand l’homme ne compte pas sur lui-même mais place plutôt sa confiance en Dieu, il n’est guère surpris lorsqu’il tombe car il sait que cela provient de sa propre impotence, et surtout de la faiblesse de la confiance qu’il place en Dieu. Ainsi, sa chute accroît sa défiance envers lui-même et l’incite à augmenter et approfondir sa confiance en Dieu.»

Voilà des paroles dures pour bon nombre d’entre nous, qui plaçons notre confiance en nous-mêmes bien plus qu’en Dieu. Mais la science spirituelle qui s’y cache est un mystère qui attend d’être dévoilé et de pouvoir alors guérir toute perturbation. Les intempéries disparaîtront, mais la tempête de la vie se poursuivra. Chaque épreuve offre l’occasion de faire confiance en Dieu et d’apprendre ce que nous sommes.
«Quand un homme pêche, quand l’infortune s’abat sur lui, ou encore les tribulations, la tristesse, ou une pénible maladie corporelle, il doit comprendre qu’il traverse cette expérience afin d’acquérir la connaissance qu’il a de lui-même.»
Dès lors, apprenons ! Que nous ont appris ces intempéries ? Quelle est l’épreuve actuelle dans notre vie, qui nous offre la possibilité de mieux nous connaître nous-mêmes ? Quel devrait être mon plan pour sortir de mes faiblesses et me rapprocher de mes forces? Nous apprenons à aimer regarder de plus en plus profondément en nous; la vérité du Christ, la vérité en Christ apparaît et nous faisons l’expérience de ce que «la vérité nous rend libres» (Jean 8,32).
Traduit de l’anglais.
Source.