La version originale russe du texte ci-dessous a été publiée sur le blogue de l’Archiprêtre Gennadi Belovolov , bien connu à Saint-Pétersbourg où il créa et dirige encore l’appartement-musée mémorial du Saint et Juste Jean de Kronstadt, et considéré à juste titre comme le principal conservateur de la mémoire du Batiouchka de toute la Russie. Le Père Gennadi l’ y a intitulé : «La force du Baptême. Premier miracle de Saint Jean de Kronstadt, raconté par lui-même».
Saint Jean de Kronstadt est un grand thaumaturge ; il accomplit une multitude de miracles qu’il est impossible de dénombrer. Mais quand donc accomplit-il le premier d’entre eux?

Paraskeva Ivanovna Kovriguina

Il est habituellement admis que ce fut la guérison miraculeuse d’un malade, à la demande instante de la bienheureuse Paraskeva Ivanovna Kovriguina au début des années 1880. Toutefois, en lisant la partie du journal du Père Jean concernant l’année 1859 1, j’y découvris une note concernant un miracle stupéfiant : la résurrection d’un nourrisson. Il le décrivait lui-même, avec une telle force artistique et tant de détails qu’il en ressortait une impression puissante et vivante. A l’heure actuelle, on peut dire que c’est le miracle le plus ancien, le premier, de Saint Jean de Kronstadt. A cette époque, il avait juste trente ans, l’âge du Christ lorsqu’Il accomplit le miracle de Cana en Galilée. Voici le récit du Père Jean :

«Gloire à la Très Sainte et Vivifiante Trinité. Le 27 décembre, vers dix heures le soir, on vint m’appeler pour baptiser un nouveau-né chez le marchand Alexis Konovalov, et on ajouta que le bébé était très faible. Je me préparai le plus rapidement que je pouvais et m’installai dans un traîneau ; le cocher m’emmena jusqu’à la maison du marchand. J’ordonnai que l’on prépare promptement de l’eau et qu’on amène le petit. Lorsqu’on m’eut apporté l’enfant, je l’observai et vis qu’il était extrêmement faible, la vie était en train de s’éteindre rapidement en lui : le visage était déjà d’une pâleur mortelle, ses yeux se révulsaient, dépourvus de toute étincelle de vie, l’enfant s’endormait du sommeil de la mort, son corps entier commençait à se refroidir.
Voyant que je ne pourrais célébrer qu’un baptême très court, je proclamai : Béni est le Règne… et lisant la suite de la prière, je versai l’huile dans l’eau en suivant le signe de la croix, je l’oignis et le pris dans mes bras pour le plonger dans l’eau. J’étais alors convaincu de ce que le petit vivait sa dernière heure sinon sa dernière minute. Il était pareil à un morceau de viande, plus aucune densité dans les différentes parties de son corps. Je craignais qu’il meure dans mes bras. Espérant en la puissance du Mystère, dans lequel l’Esprit vivificateur rend la vie à notre âme mortifiée par le péché et le diable, et à plus forte raison à notre corps, outil au service de notre âme, je plongeai l’enfant trois fois dans l’eau, au Nom du Père, du Fils et du Saint Esprit. L’ayant sorti de l’eau, je le déposai dans les bras du parrain. C’est alors que je l’entendis pousser un cri. Examinant son visage, je constatai que ses yeux et son regard commençaient à s’éclaircir et son corps montra quelques signes de vitalité. Lorsque je le chrismai, le petit était transformé : ses yeux brillaient et étincelaient, son visage était ravivé et s’épanouissait, tout son corps, tous ses membres retrouvaient une grande vivacité. L’enfant regardait gaiement de tous ses yeux. La lueur de son regard était marquée par une brillance inhabituelle et une sorte de tension, après l’obscurité qui précède la mort. La vie s’allumait dans le nourrisson comme le feu s’allume dans la bûche dans l’âtre quand on place sous elle un copeau enflammé. Il était quasiment visible que l’enfant mourant avait retrouvé la vie par la grâce de l’Esprit Vivificateur.
Gloire à notre Dieu qui fait en nous des merveilles!
Orthodoxes! Rendez grâce devant les saints Mystères de notre Église et pendant qu’ils s’accomplissent, tenez-vous humblement, avec foi et espoir. Invisible à nos yeux, l’Esprit de Dieu descend sur l’eau et fait renaître en elle ceux qui y sont baptisés dans la vie spirituelle et pleine de grâce».

St Jean de Kronstadt

Il s’agit en réalité de la résurrection d’un mort. Dommage que Batiouchka ne nous ait pas donné son nom. Mais dans l’Évangile, on ne nomme pas non plus le fils de la veuve de Naïn et la fille de Jaïre ressuscités par le Christ ; dans le dernier cas, nous connaissons seulement le nom des parents.
Traduit du russe
Source

  1. L’extrait rapporté par le Père Gennadi se trouve aux pages 254 et 255 du Tome 3 du Journal de Saint Jean de Kronstadt publié par les Editions « Bulat »